no pasaran

Mercredi 22 juillet 2009
 

En septembre 2007 j’ai écrit un article intitulé « No pasaran !...Une auberge espagnole. » Cet article s’appuyait sur le mémoire de Cécile et évoquait l’arrivée des républicains espagnols qui fuyaient, pour sauver leur peau, devant l’avancée victorieuse des putschistes franquistes. Le titre du billet était emprunté à l’écrivain Luis Bonet, que Cécile avait d’ailleurs pu rencontrer pour préparer son mémoire. Elle avait aussi questionné longuement son grand-oncle Rafaël, quelques années avant sa disparition. Rafaël lui raconta comment son frère Luis et lui avaient pu passer la frontière et comment ils avaient été accueillis en France. Luis le père de Pilou, le grand-père de Cécile.

Jipé, notre ami toulousain, nous a envoyé un bel article qui est paru dans le Midi Pyrénées info d’Avril-Mai 2009 « Il y a 70 ans, la Retirada ». En voici quelques extraits qui confirment et complètent le travail de Cécile.


« …….En janvier 1939, Madrid n’est pas encore tombée, mais le front de Catalogne cède. Tarragone est prise à mi-janvier, Barcelone le 26 du même mois et Gérone, le 4 février. L’avancée des troupes franquistes ne s’arrêtera qu’à la frontière française le 9 février. Cette déroute de l’armée républicaine entraîne un exode sans précédent….. Ce sont des centaines de milliers de familles qui se retrouvent, en cette fin du mois de janvier 1939, jetées sur les routes menant vers la France. Tous ces chemins de l’exil se transforment en une file ininterrompue de camions, voitures, charrettes et piétons que les troupes franquistes n’auront de cesse de harceler par des bombardements aériens dévastateurs. Dans des conditions déjà dramatiques, la pluie, la neige et le froid causeront également de nombreuses victimes, avant même que ces cohortes ne se présentent à la frontière…..

..Jamais la France n’avait vu eu à gérer un afflux aussi massif et aussi soudain, près de 500 000 personnes…. ». Elle fera pourtant preuve d’une impréparation criante : la « Retirada » et le sort réservé aux réfugiés constitua l’un des épisodes les plus sombres de ce conflit.

« …..Alors que des milliers de réfugiés se pressent depuis plusieurs jours à la frontière, le gouvernement français ne consentira à l’ouvrir que dans la nuit du 27 au 28 janvier, incapable d’endiguer plus longtemps cette marée humaine. Prats-de-Mollo, Latour-de-Carol, Le Perthus, Cerbère verront défiler une foule hébétée, dans un état d’épuisement physique et de détresse morale immense. Seuls les femmes, les enfants, les vieillards, les blessés et les malades seront dans un premier temps autorisés à passer. Malgré la situation humanitaire déplorable des réfugiés, ce sont des militaires qui les « accueillent ».

Le 5 février, ce sera au tour des combattants défaits de la République de rentrer en France, non sans avoir dû déposer les armes et subir une fouille humiliantes où leur seront parfois « confisqués » les objets de valeur qu’ils avaient pu conserver jusqu’à là. Rafaël avait dit à Cécile que Luis et lui, étaient, sans doute, entrés en France entre le 5 et le 10 février1939.

Comme rien ou presque n’a été prévu, si ce n’est le maintien de l’ordre, certains passeront des nuits parqués comme du bétail, dormant dans les prés enneigés, sans toit pour s’abriter, et toujours gardés. La France de 39 n’est plus celle de 36 et du Front populaire. La xénophobie s’est considérablement développée et l’opinion est divisée sur le sort réservé à ces « rouges »….. .

Luis et Rafaël Rozon, qui étaient entrés en France par le col d’Arès ont passé les premiers jours dans des champs du côté de Prats de Mollo, puis vers Amélies les Bains et Céret. La nuit ils creusaient un trou dans la terre pour s’enfouir sous une couverture et de la paille qu'ils trouvaient pour se protéger du froid hivernal


.. Un triage est organisé. Les hommes et les soldats en âge de se battre iront pour la plupart dans des camps, les autres (femmes, enfants, invalides) seront dirigés vers d’anciennes casernes, prisons ou hôpitaux des départements intérieurs qui feront office de lieux d’hébergement provisoires. Les familles se retrouvent séparées et mettront parfois des mois ou des années à se retrouver……

.Le premier de ce que l’on nomme à l’époque « camps de concentration » est celui d’Argelès, dans les Pyrénées-Orientales. Il ne s’agit en fait que d’une bande de sable délimitée par la mer et des rangées de barbelés….. 

..Ce sont les réfugiés eux-mêmes qui construiront les premiers baraquements, après bien des nuits passées enfouis dans le sable pour essayer de se préserver du froid. Il n’y a pas non plus d’eau potable, pas de latrines… La dysenterie fait rapidement des ravages, ainsi que la gale et d’autres maladies dues aux conditions d’hygiène honteuses, intolérables…. ». Des centaines de républicains moururent au cours de ces premières semaines « d’accueil » d’un pays voisin et démocratique.


Rafaël avait confirmé à Cécile que Luis et lui arrivèrent transis de froid et morts de faim sur la plage d’Argelès……et dans ces conditions, c'est-à-dire sans aucun baraquement, aucun sanitaire, avec pour seul refuge, les « châteaux de sable » de la plage où ils pouvaient se terrer la nuit pour se protéger du froid. Les seules structures de ce camp étaient les barbelés et quelques poteaux plantés dans le sable pour y attacher les perturbateurs, qui y passaient la nuit en plein air au lieu d’être à l’abri dans le sable ; de quoi refroidir les récalcitrants de toute tentative de récidive. Pour toute nourriture, du pain et de l’eau leur étaient donnés ; certains arrivaient à faire du troc avec les gardiens, des tirailleurs « dit » sénégalais. Une boule de pain, ou un paquet de cigarettes ou une couverture contre une bague ou une montre.


 «….D’autres camps sont ouverts pour désengorger celui d’Argelès, principalement dans le département des Pyrénées-Orientales. On comptera à mi-février autour de 275 000 internés. Certains camps n’auront qu’une existence éphémère. L’hiver 39 étant particulièrement rigoureux, ils seront fermés à cause du froid comme à la Tour-de-Carol ou à Bourg-Madame. D’autres centres sont édifiés à la hâte dans tout le sud de la France. Dont certains revêtent un caractère spécialisé. A Agde dans l’Hérault, seront accueillis les Catalans, A Septfond, dans le Tarn et Garonne, ce seront les ouvriers spécialisés….

Le camp du Vernet, en Ariège, aura lui une vocation disciplinaire……On y envoie les éléments jugés les plus dangereux pour le maintien de l’ordre public intérieur. La surveillance armée déjà omniprésente dans les autres camps se double, au Vernet, de mesures de répression. Un espace dénommé par les réfugiés le « cuadrilatero » ou « l’hipodromo » est spécialement dédié au châtiment des « fortes têtes »….. ….. »



A l’approche du déclenchement de la seconde guerre mondiale, le gouvernement français trouve dans cette masse des réfugiés qui demeure sur son sol une main-d’œuvre facile à exploiter. Il crée pour cela les Compagnies de Travailleurs Etrangers qui s’attellent à des tâches de cantonniers, de bûcherons, d’ouvriers agricoles ou sont affectés dans des mines et parfois dans l’industrie pour suppléer l’absence des français mobilisés.

En septembre de nombreux espagnols furent réquisitionnés pour des travaux en dehors des camps dont les vendanges. Ce fut le cas de Luis et Rafaël Rozon du côté d’Agde, avant d’être affectés, fin décembre, à la 132ème compagnie à St Jouin de Marne


Sous Vichy, ces réfugiés furent intégrés de force dans les Groupements de Travailleurs Etrangers, certains participeront à la construction du « mur de l’Atlantique ».

Luis et Rafaël, en Juin 1940 à la débâcle, ont eu la bonne idée d’écouter les conseils d’un officier français : « Partez les allemands vont arriver, partez le plus loin possible vers la Méditerranée.» Les militaires français leur ont même fait cadeau de 2 bicyclettes. A la force des mollets ils ont rejoint Carcassonne puis Castres. Ils ont pu faire valider leurs cartes de CTE, pour travailler dans les champs et les vendanges puis dans une mine. Ils abandonnèrent ce travail à la mine en raison des très nombreux accidents qui s’y produisaient et alternèrent pendant près de deux années fuites, cachettes et travaux clandestins.


Ce chemin de l’exil passe, pour beaucoup, par la résistance aux côtés des Français. L’action des Espagnols se révèle décisive dans la libération de nombreuses villes du Sud-ouest, Toulouse, Foix, Auch… Ce fut le cas de Rafaël qui, fin 1943, rejoignit les FFI, se séparant de Luis pour la première fois depuis leur fuite désespérée d’Andalousie en août 1936. Luis continuait à échapper aux contrôles protégé par un emploi de coiffeur à Toulouse.




A suivre

 

Par daniel
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Mardi 9 juin 2009

 Ce billet est destiné essentiellement à la famille et aux amis proches qui n'ont pas le bonheur de vivre dans les Deux-Sèvres, ni le plaisir de lire la Nouvelle République (Je n'en fais pas un peu trop?). Enfin, bref, voilà... c'est la seconde interview de Pilou dans ses fonctions politiques. Il faut bien que j'en fasse écho sur ce blog.
 On a d'ailleurs failli louper cet article parce qu'il est paru le 20 mai, et le lendemain jour de l'Ascension nous partions pour Paris voir les enfants et Lucie notre petite-fille avant de nous envoler pour la Guadeloupe pour une douzaine de jours. Certes on aurait fini par le trouver au retour d'autant que nombreux sont ceux qui nous ont fait l'éloge de cet article rédigé par un sympathique journaliste (Non je ne fais pas le lèche-bottes blues !) qui a interviewé sept conseillers municipaux. Pilou eut l'honneur du premier article, de faire, en quelque sorte, l'ouverture du festival. Tous les autres articles, les autres interviews, sont parus pendant notre absence et, très franchement, je n'ai pas fait l'effort de les chercher, ni même de connaître le palmarès. (Il faudrait peut-être car j'ai des bons potes dans le lot....ils vont mal le prendre.)
 Voici en bleu l'article de F. Bonnet  (en noir quelques commentaires ou observations du témoin que je suis) :

 Certains sont tous neufs en politique. D'autres moins. Certains avaient déjà une petite idée de ce que représente la prise de responsabilité citoyenne ou la gestion municipale. D'autres pleins d'allant, ne demandaient qu'à apprendre et à se confronter à la réalité exaltante de l'excercice du pouvoir. Un an après avoir intégré le conseil municipale  en tant qu'adjoint au maire ou simple conseiller, dans la majorité ou l'opposition, sept élus niortais ont confié à la Nouvelle République ce que leur engagement a, d'ores et déjà, changé dans leur vie au quotidien. Des surprises, des confirmations, mais comme on le verra, pour l'heure, nul regret avoué.

1- Pilar Baudin, l'ex-secrétaire du maire devenue adjointe
 A la liberté d'une retraite bien méritée, cette ex-fonctionnaire territoriale a préféré l'engagement citoyen. Et toutes les réunions qui vont avec.....

 «Cette responsabilité, je ne l'imaginais pas aussi prenante... Le plus frustrant, c'est de ne pouvoir m'occuper de mes petits enfants autant que je le voudrais.... hormis cette forte disponibilité, rien ne m'a vraiment surprise. J'étais initiée...»
 Pour Pilar Baudin, élue discrète, la mairie n'est pas une nouveauté. Elle connaît même le sujet sur le bout des doigts pour avoir fréquenté les lieux durant neuf ans en tant que secrétaire du maire.
A l'époque celui-ci s'appelait Bernard Bellec.


 (Une petite erreur cependant : Pilou a bien travaillé pendant 9 ans à la ma irie de Niort, mais elle n'a passé que 5 ans au secrétariat du maire.  Ensuite elle eut en charge le budget du secteur associatif)
 « J'ai passé le concours de la fonction publique sur le tard, à 44 ans, après avoir élevé mes trois enfants et suivi mon mari dans ses missions professionnelles à l'étranger » confie-t-elle. « Après ce poste à Niort, j'ai intégré le service comptabilité de la mairie d'Aiffres au sein duquel je suis restée jusqu'à ma retraite en janvier 2008.»


 Quelques mois plus tard, cette fille de réfugiés politiques espagnols très tôt confite en politique (quelle drôle d'expression !)  - elle est au PS depuis de nombreuses années - faisait son retour dans la maison du peuple niortaise. Par la grande porte. En tant qu'adjointe aux finances. La plupart des visages municipaux lui sont familiers. « Quand je suis revenue, j'ai reçu un accueil très chaleureux de mes anciens collègues. Certains, la larme à l'oeil, m'ont dit: "On est contents que tu sois là" ! » Ca aide à l'intégration.


 
 Autant que d'avoir un passé associatif et de bénévolat. Pilar Baudin a très longtemps milité en tant que parents d'élèves au sein de la FCPE.
Pour autant, elle ne soupçonnait pas qu'il lui faudrait participer à autant de réunions.....« Cette équipe fonctionne beaucoup plus collectivement que du temps de Bernard Bellec. Nous abordons les grands dossiers de façon collégiale et transversale, ce qui nous oblige à nous réunir fréquemment » confie l'adjointe. (Sans doute un peu trop... il faut tenir 6 ans : qui veut voyager loin...etc... conseil d'un spécialiste.)


 « En outre, je suis dans toutes les commissions d'appels d'offres, que ce soit à la Ville, la CAN et le SEV (syndicat des eaux du Vivier). » avec les séances de conseil municipal communautaire, d'école et du quartier Goise-Champclairot, c'est en moyenne une dizaine de rendez-vous hebdomadaires que Pilar Baudin se doit d'honorer, dont certains qui se prolongent parfois jusqu'à une heure avancée de la nuit.




 Des regrets après un an de ce régime-là et à un âge où d'autres se réjouissent de jouir de la liberté du retraité? « Non, aucun regret. Mon mari comprend d'autant mieux le sens de mon engagement qu'il est lui aussi depuis longtemps impliqué en politique. (Ai-je vraiment le choix?). Nous nous organisons.»  Notamment pour partir en voyage, leur passion commune. Un virus (bénin) contracté lors de leur vie en Afrique et en Guyane. Bientôt, ils vont s'envoler pour la Guadeloupe. Pour quinze petits jours. « Entre deux Conseils.»

 
 
 Non ! Ces photos ne concernent pas la mairie de
Niort et elles n'accompagnaient pas l'article de la N.R.
 Bien trop jolies ces photos ! Elles ont été prises à l'occasion de nos séjours dans les DOM, à La Réunion, en Guyane, en Martinique et ces derniers jours en Guadeloupe.  
 



 La collection de Pilou....  les premières photos datant de 2005. Que faut-il en penser ? Une ambition de délocalisation sous les tropiques ? Ce n'est pas que je n'aime pas notre bonne ville de Niort .... mais dans le fond moi ça ne me déplairait pas...



A suivre.


 Puis-je finir ce billet "No Pasaran" sans évoquer le magnifique télé-film d'hier soir sur France 2 : « Elles et moi » de Bernard Stora qui raconte l'intégration en France de réfugiés républicains espagnols arrivés en 1939. Avec les personnages de Pilar, Luis et Isabelle Esteva j'ai l'impression de revivre des histoires entendues dans le cercle familial dans les années 60 à 80  ... Il va me falloir me replonger dans mes souvenirs, la mémoire de  la famille de Pilou et en parler à nouveau sur ce blog (la suite de ce remarquable télé-film ce soir)

Continuara

Par daniel
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Lundi 28 juillet 2008

  Pilar en el recuerdo de sus padres refugiados españoles, tel était le titre d'un article du journal Le Courrier de l'Ouest, enfin presque...... car ça c'est ma version dans la langue de Cervantes, et comme j'ai une pensée pour la tante Genoveva qui, de Barcelone, suit l'actualité niortaise via ce blog et par l'intermédiaire de sa fille Isabelle, j'avais envie de lui transmettre ce petit coucou et muchos besos.
 
  Cet article j'ai bien failli le louper car il est paru pendant notre unique semaine de vacances estivales. Certes je savais que Pilou avait été interviewée ainsi que les autres adjoints ; j'avais même vu la semaine précédente le portrait de Pascal le 1er adjoint ..... à ce train là ça sera pour Août, pensais je, et puis non ce fut pendant notre semaine de vacances.... mais heureusement le secrétariat des élus veille et les photocopieuses sont encore en état de fonctionner, alors voici l'intégrale dans la langue de Molière ou plutôt de L.R. le journaliste initialé.

 « Pilar Baudin, 59 ans, mariée (à mézigue) mère de trois enfants (Eric, Cécile et Didier) a hérité de la compétence « Finances et budget, marchés publics ». Son histoire familiale l'a amenée à baigner dans la politique très tôt.
 Longtemps Pilar Baudin, née en France de parents réfugiés espagnols a fait de grands voyages. Avec plaisir et (et ?) parce qu'elle suivait son mari ingénieur-contrôle dans le secteur des travaux publics sur les chantiers dont il avait la charge.
 Ses pas l'ont ainsi tour à tour conduit en Guyane, à Arles, au Zaïre, au Maroc, en Alsace et au Cameroun.
 En 1987, elle a posé ses valises à Niort « Mon mari travaillait à La Rochelle. Nous nous sommes bien plu à Niort ». Très vite Pilar s'est investie dans le tissu associatif, à l'Anjca, association niortaise pour le jumelage ou coopération avec Cové (Atakpamé au Togo car Cové au Bénin ne s'est rajouté que récemment), Hispaniort et la FCPE fédération des parents d'élèves. « Dans le cadre de la FCPE j'ai fait la connaissance de Geneviève Gaillard.»
  Pilar a, de toute façon, toujours baigné dans la politique.
 « Je suis issue d'une famille de réfugiés espagnols et toute mon enfance a été bercée par les poésies de Romanero gitano, Federico Garcia Lorca, explique t-elle. Dans la banlieue parisienne, où j'ai passé mes premières années, j'ai participé à beaucoup de fêtes sur le thème de l'Espagne républicaine. J'y ai croisé des leaders comme Santiago Carillo ou Paco Ibanez (chanteur engagé). J'ai ainsi développé très vite une conscience politique. »  
 De l'histoire de ses parents, Pilar Baudin a retenu la chance que l'on pouvait avoir lorsqu'on disposait du droit de vote. « C'est une des premières choses que j'ai inculqué à mes enfants. »
 Sur le plan professionnel, Pilar Baudin, secrétaire comptable de formation, a travaillé à la mairie de Niort de 1993 à 2002 puis à Aiffres de 2002 à 2007 (en fait début 2008) « Je travaillais dans l'équipe administrative chargée des questions budgétaires, financières et de marchés publics ». C'est donc presque mécaniquement que Pilar Baudin s'est retrouvée investie de la délégation "Finances et budget, marchés public". « Malgré tout je ne m'y attendais pas ».
 Après avoir réfléchi un court moment, Pilar Baudin a accepté ce challenge « Les trois premiers mois, le rythme a été très soutenu. Il a fallu appréhender les dossiers et finaliser le budget 2008. Certaines semaines (certains jours)) on a fait du 8 heures - 23 heures. (la semaine c'était du 50 H/ 55 H)» explique l'adjointe (8ème de l'équipe) chargée des finances. « A la rentrée on attaquera le budget 2009. De toute façon, je m'attendais à quelque chose de très prenant ». explique celle qui ne prendra qu'une semaine de vraies vacances avec ses petits enfants cet été (Hugo et Thomas ...et moi le chauffeur, je compte pour du beurre ?)

  Finalement il est bien ce petit article ! Pas mal ce L.R. il a su saisir en quelques minutes l'essentiel de la personnalité politique de Pilou, profondément enracinée dans ses convictions de gauche, et parfois mal à l'aise face à un certain intellectualisme de gauche si loin des préoccupations des citoyens et des travailleurs.

  Pour finir ce billet je rapporte le message de la carte envoyée par Tita Genoveva le 4 avril dernier pour féliciter sa nièce. « Muchas Felicidades Pily. Isabelle me ha dicho que has sido nombrada teniente alcade me alegro mucho ; Pepe estaria contento y ahora a travajar « mucho »..... Surtout travaille pour le souvenir de ton grand père.» 
 Son grand père Miguel Andres, el Zapatero, fondateur de la section du parti socialiste espagnol à Santander dans les années 1920.

 (A suivre)

Par daniel
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Dimanche 15 juin 2008


  Et voilà el historiador novicio s'est trompé... pas trop dans le précédent billet « Fuente Vaqueros » (que j'ai pu corriger rapidement après relecture de ma co-pilote) mais dans le précédent, celui d'août 2007 « No pasaran !...Grenade ». J'avais pourtant la même co-pilote et la même source d'informations, mais bon....je n'ai sans doute pas tout bien enregistré. Mea culpa mais entre les prénoms qui sont transmis de génération en génération et les diminutifs (Francisco, Paco, Paquito, José, Joselito, Pepe, Pepito  etc...il y a de quoi s'y perdre)... alors pour les fidèles lecteurs de la famille (au demeurant majoritairement lectrices) pour qui cela a une certaine importance je rectifie : C'est donc bien le cadet de la fratrie, Francisco dit Paco qui a été assassiné, fusillé par les franquistes, en août 1936 alors qu'il avait environ 38 ans. Son aîné José dit Pepe, était mort quelques années plus tôt, victime d'une maladie tropicale qu'il avait ramenée du Maroc où il avait été militaire.

 Suite au décès en décembre 2002 de l'oncle Rafaël, et faute d'héritier direct, une étude généalogique fut nécessaire pour recenser les ayants droit d'une bien maigrelette succession.
 Cette recherche aura eu au moins le mérite de retrouver l'ensemble des descendants vivants de Francisco (1875 /~1936-37) et Francisca (1876/~1965-66). 
 Des onze enfants (plus deux morts en bas age) qu'ils eurent entre 1896 et 1923 seule Emilia serait encore vivante (ou du moins l'était-elle en 2004-2005 lors de cette étude). Elle arriva dans la lignée en 1917 juste après Luis et elle aurait donc aujourd'hui 91 ans et vivrait à Grenade. Elle eut quatre enfants Antonio, Paco, Rosa et Emilio. Elle fut aussi la première de la fratrie à naître non pas à Fuente Vaqueros mais à Chauchina, village voisin.

José mort jeune au retour de l'armée, avait eu le temps d'avoir une fille Carmen née en 1923 qui après un passage par Séville s'est installée à la fin des années 60 avec sa famille en Catalogne.
 Paco, le martyr, avait eu cinq enfants nés entre 1929 et 1935, trois garçons Victoriano, José et Antonio puis deux filles jumelles Carmen et Ascension. José, Antonio et Ascension sont venus s'installer en France en fin des années 60, comme agriculteurs d'abord dans le Lauragais comme métayers dans une ferme trouvée par leur oncle Luis. José s'était ensuite déplacé vers l'Ariège ; il est décédé depuis quelques années, et ses trois enfants, une fille et deux garçons, vivent dans le sud-ouest de la France. Antonio et Ascension sont maintenant en famille dans le Minervois. Victoriano et Carmen étaient toujours répertoriés dans la rég ion de Grenade.
 Le suivant de la lignée était Antonio mais il ne figure pas dans cette recherche ce qui signifie qu'il n'a pas eu d'enfant ou que ses descendants sont déjà décédés.
 La descendance de Rosa, née vers 1900, à savoir Antonio, Rosa et Francisca, vivait toujours lors de cette étude dans la région de Grenade entre Chauchina et Cijuela.
 Vint ensuite Matilde qui resta au pays mais dont la plupart des enfants immigrèrent pour raisons économiques à la fin des années 50 début 60 accueillis par leurs oncles Luis et Rafaël : Paco et Luis en région parisienne où ils prirent racine et où sont installés leurs enfants. Pepe à Toulouse et ses 3 enfants répartis entre Toulouse et Bordeaux. Antonio était installé à Barcelone et enfin Rafaël et Matilde seraient restés dans la région de Grenade.     
 
  Dans la lignée il y avait ensuite un Manuel, qui n'apparaît pas dans l'étude et qui devait comme Antonio, soit ne pas avoir eu de descendance ou que celle-ci soit déjà éteinte.

 Ensuite ce furent les deux frères inséparables pendant la période de fuite et de camps dont j'ai déjà abondamment parlé Rafaël qui s'installa comme coiffeur à Toulouse qui n'eut pas d'enfant et Luis le cordonnier de Champigny qui eut 3 filles, Pilou, Paqui et Malou.
 
Guillerma qui eut trois enfants Pepe-Luis, Miguel et Margarita. Les deux garçons  furent aussi accueillis par leur oncle Luis en France au début des années 60. Ils y firent souche et résident toujours en famille en région parisienne.
 Margarita est restée à Grenade.
  Enfin Carmen, la dernière de la fratrie, dont les trois fils sont restés en Espagne, Antonio à Madrid et Francisco et Rafaël dans la région de Grenade.
 
                                                                    
Une belle descendance d e Francisco et Francisca répartie entre Espagne et France, conséquence du drame de la guerre d'Espagne puis du retard au développement du régime franquiste jusqu'à la mort du Caudillo et l'entrée de l'Espagne dans l'Union Européenne.

 Ironie de l'Histoire, il semble bien que de cette grande fratrie initiale de onze enfants "élevés" (mais treize mis au monde), les seuls descendants de Francisco qui portent encore son nom de famille sont les arrières petits fils issus de Paco le fusillé dont la plupart (je ne sais pas si son fils Victoriano eut des garçons) vivent  en France.  


  (A suivre)

Par daniel
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Vendredi 13 juin 2008

 J'ai déjà évoqué Fuente Vaqueros dans un billet intitulé « No pasaran.... Grenade ».
 Fuente Vaqueros le village andalous où est né Luis le grand père maternel de mes enfants. C'est aussi le village où naquit Federico Garcia Lorcaa
 Comme je lisais récemment l'admirable biographie de Garcia Lorca par Ian Gibson je fus surpris d'y apprendre que les premiers écrits du poète fut un texte inachevé d'avril 1917 (Federico, né le 5 juin 1898 avait donc 19 ans) intitulé « mon v illage »..... Quelques jours plus tard dans une librairie je tombai, sur un recueil de poésie édité par Gallimard nrf. Poésie I, livre de poèmes et mon village. Voici quelques lignes tirées de ce texte de 20 pages. J'ai choisi les lignes qui rappellent un peu le court passage que nous avons fait à Fuente Vaqueros en Avril 1999, mais surtout ce qu'en disait Luis lorsqu'il parlait des conditions de vie de son enfance et que l'on peut résumer en quelques mots : Pauvreté, inégalité, travail  mais aussi pour survivre honnêteté, dignité, respect, famille.

  «.... Lorsque j'étais enfant, je vivais dans un petit village très silencieux et odorant de la Véga de Grande. Tout ce qui s'y produisait et tous ses sentiments repassent en moi aujourd'hui voilés par la nostalgie de l'enfance et par le temps.... ».... «...C'est dans ce village que je suis né et que s'est éveillé mon cœur. C'est dans ce village que j'ai fait mon premier rêve de lointains.... »
 « Le village est petit et blanc, et l'humidité le baise de toute part..... ».... « ..il est formé d'une grande place, bordée de bancs et de peupliers, et de plusieurs ruelles obscures et effrayantes où l'hiver met ses fantômes et croquemitaines...... ».... «.... La place est toujours muette, seule l'éternelle chanson de la fontaine trouble son silence religieux.... »
 « .....Les légendes que conserve le village sont toutes banales, mais d'une banalité enfantine et honnête... »...... « ...je les écoutais auparavant avec un vrai plaisir... ».... «  Aujourd'hui tout cela a passé. Aujourd'hui mon âme éprouve d'autres choses plus compliquées. Aujourd'hui de petit villageois je me suis transformé en jeune homme de la ville....mais jamais je n'oublie le village et c'est pourquoi j'écris mes anciens sentiments qui étaient parfumés par les fèves en fleurs et par les nuits obscures de l'hiver.... » 
 
 « ....L'école était une grande salle avec des fenêtres d'un côté et beaucoup de banc...... Ma place était au second banc, à côté de deux garçons très pauvres, mais très propres. Les deux étaient de grands amis à moi et tous les jours je leur apportais des morceaux de sucre ou des grains de café qu'ils aimaient beaucoup... eux en échange, m'apportaient des fruits verts qu'on ne me laissait pas manger à la maison et ils me faisaient des carrioles avec des betteraves et des lampions ajourés d'étoiles et de comètes avec des melons qu'ils prenaient dans les vergers....Parfois je leur donnais des bouchées et des carrés de chocolats, et alors ils me faisaient des colombes qui volaient toutes seules et ils m'apportaient des taupes de velours qu'ils chassaient dans les peupleraies ; Pepe et Carlos, c'était leur nom, était mes éternels gardiens et ceux qui me défendaient dans les moments critiques » .... «... Heures d'ennui insupportable que j'ai passé à l'école de mon village ! Que vous étiez joyeuses comparées à celles qui me restent ! Mes petits camarades sentaient en eux les mystères de la chair et ils ouvrirent mes yeux sur les vérités et les désillusions. Moi je les aimais tous de tout mon cœur.... » 
 
 « Au village vivait une fillette blonde et brûlée de soleil..»... « Deux longues tresses qui lui arrivaient aux pieds..»...«...Une fleur dans les cheveux et les mains toutes coupées à force de laver le linge de ses frères et sœurs dans les eaux de la Véga.... Son père était un pauvre journalier que le travail et l'humidité avaient rendu rhumatisant, et la mère qui avait trente ans, en paraissait cinquante à cause de ses peines et de la fécondité de ses entrailles...»
 «....Et alors la fillette venait chez moi nous supplier pour l'amour de Dieu d'envoyer chez elle la nourrice qui élevait mon frère pour que leur petit pût téter un peu car autrement il allait mourir de faim... ».... « ....je me liai d'une grande amitié avec la fillette et j'allais l'après midi
chez elle pour leur apporter des aumônes de ma mère...... »... « .... Le sol était de terre battue et le toit de roseaux...les seuls meubles qu'ils possédaient, étaient une table à abattants, quelques chaises croulantes, une lampe à huile rouillée et un grand tableau de la Vierge... »..... « ...Lorsque j'arrivais à cet antre de misère et d'honnêteté, la mère,... »... « ...cette martyre de la vie et du travail avait  une suavité dans la voix, et un regard si doux qu'il aurait fallu être comme un chien enragé pour ne pas en avoir pitié et pleurer son calvaire....Cette femme dont le ventre avait donné tant de vies, pour les voir ensuite mourir de faim et de misère, cette sainte détruite par un homme et sacrifié pour ses enfants était si grande, si auguste et si résignée que devant elle j'avais peur à cause de sa figure et amour pour sa vie de douleurs.....
«.... Il pourra se passer beaucoup de temps, beaucoup de choses dans mon âme, jamais ne s'effacera la figure de cette mère......»... « Les enfants des villages meurent beaucoup les uns par manque d'aliments et les autres par excès de travail....tous ces souvenirs tristes me reviennent quand je pense à la maison de ma petite amie blonde, où tous les ans il en naissait un et où il en mourrait d'autres... ».
 «...il n'y a pas longtemps je l'ai revue, ma petite amie blonde....et j'ai failli éclater en larmes....parce dans ses yeux il y a déjà l'expression de sa mère, elle cheminait avec deux enfants, l'un qui tétait et l'autre pieds nus la tenant par la main. Hélas,  ma petite amie blonde ! Tu seras comme ta mère. Tes filles seront comme toi. Et quand j'y pense je tombe dans un chaos spirituel.... »

                             Federico Garcia Lorca. Avril 1917.Grenade et Fuente Vaqueros

  Du souvenir que j'ai des conversations avec Luis (décédé en novembre 1981) et son frère Rafaël (décédé en décembre 2002), il me semble que les conditions de vie de la famille n'étaient pas aussi misérables que celle de la petite fille blonde. Luis et Rafaël ont travaillé dans les champs dès l'age de 8 ou 9 ans, mais le père Francisco, journalier agricole était très besogneux. Je ne pense donc pas que la petite fille blonde eut pût être Rosa ou Mathilda les deux sœurs aînées de Rafaël (né en 1911) ou de Luis (né en 1914).
 Par contre le passage sur l'école m'interpelle car Federico évoque ses deux copains dont Pepe. Or Pepe en Espagne est le diminutif affectueux de José. Et José l'aîné de la fratrie devait être né  en 1896 ou 97. José et Paco son cadet d'un ou deux ans ont un peu fréquenté l'école du village. Luis et Rafaël ont souvent dit que leurs frères aînés connaissaient bien le poète. Pépé qui mourut de malaria à son retour de service militaire au Maroc et Paco qui fut arrèté par les fascistes, alors que Luis et Rafaël se sauvaient en sautant par une fenêtre.  Paco fut fusillé deux jours plus tard, peut être exécuté en même temps que Garcia Lorca selon la concordance de dates (mi août 1936), la concordance de lieux.....
 Peut-être mais personne n'en saura jamais rien....... Mais que ce texte de Lorca ressemble à l'Histoire telle que  la racontaient Luis et Rafaël.
 Luis qui fut très peiné d'entendre un de ses neveux qu'il accueillait chez lui dans les années 60, lui dire que si son oncle Paco avait été fusillé c'est qu'il avait du faire quelque chose de mal. Lavage de cerveau de l'éducation franquiste. Luis et Rafaël, pour lesquels les liens familiaux étaient plus forts que tout, pardonnèrent à ce neveu..... si éloigné de ce qui fut leur engagement républicain.... C'était aussi ça l'éducation de leurs parents Francisco et Francisca.

 (à suivre)

Par daniel
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Mardi 20 novembre 2007
Cet article, comme le précédent de cette rubrique « No pasaran......Une auberge espagnole » s’appuie sur le mémoire de maîtrise d’espagnol de Cécile « Les réfugiés espagnols dans les compagnies de travailleurs étrangers en Poitou-Charentes. »
A la fin du précédent article j’indiquais que les réfugiés espagnols du camp de Barcarès avaient été affectés, dès la déclaration de guerre en septembre et progressivement jusqu’à la fin de l’année, dans les compagnies de travailleurs étrangers. Luis et Rafaël Rozon, et quelques compagnons d’infortune furent envoyés en Poitou.
 
Luis et Rafaël ont, encore, pu rester ensemble et, après avoir passé la nuit de Noël dans un baraquement de la gare de Bordeaux, avec en guise de réveillon un morceau de pain et du café, ils arrivèrent quelques jours plus tard à Saint Jouin de Marnes. 
Pendant tout l’hiver ils durent dormir dans les wagons avec seulement des couvertures pour se tenir chaud. A la 132ème compagnie, il y avait 2 types de travail : Soit travailler au chaud, sous contrôle militaire, au dépôt de munitions situé entre Saint Jouin de Marnes et Borq sur Airvault, soit travailler, en plein air, sous les directives des cheminots à l’entretien et à la remise en état de la voie ferrée. Luis et Rafaël ont préféré la très froide semi liberté …..bien leur en a pris car en restant près de Saint Jouin de Marnes ils purent faire valoir leurs compétences diverses et notamment le fait qu’ils étaient coiffeurs de métier : Ils devinrent assez rapidement les coiffeurs et barbiers de la compagnie, mais également des militaires qui les gardaient le soir et bientôt…..le dimanche dans le petit café du village ils se mirent, aussi, à couper les cheveux et à raser les habitants du village……Ils se faisaient, ainsi, un peu d’argent, utile pour améliorer l’ordinaire.
 .... et au bout de quelques mois, ils eurent même le plaisir de pouvoir se nipper, de pouvoir s'endimancher. Après ce long hiver, 4 années de guerre, de misères, de privations, le printemps arrivait-il enfin ? Il fut de très courte durée car dès juin les allemands envahissaient la France. 
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     Quand on lit les témoignages de leurs camarades de Barcarès on voit qu’ils ont tous suivi des itinéraires semblables :
 José Tamborero déclarait «  Nous sommes arrivés le 28 décembre 1939 dans un village de la Vienne nommé Availles où se trouvait la 169ème CTE. On était affecté à la reconstruction d’une poudrerie. Un petit groupe s’occupait de la construction de ponts alors que d’autres déchargeaient des trains. Pour la somme très modique de 50 centimes par jour nous déchargions diverses marchandises et surtout des rails et traverses. Le travail était très pénible à cause du froid et du manque de nourriture, presque exclusivement des topinambours. Nous étions logés dans des fermes abandonnées et nous n’avions pratiquement aucun contact avec la population française. Au moment de la débâcle on nous a fait partir à pied vers la Dordogne : là nous avons participé aux moissons et à divers travaux agricoles avant que notre compagnie ne soit à nouveau rassemblée pour devenir le 648ème groupe de Travailleurs Etrangers ».
Léo Aranda eut le même parcours, en travaillant d’abord 6 mois dans la Vienne, avant que sa compagnie soit déplacée et dispersée en Dordogne : De l’été 1940 au printemps 1941, ces travailleurs purent être embauchés, pour des clopinettes, les uns chez des paysans, un autre chez un menuisier, ou un garagiste avant d’être, à nouveau, regroupés en mai 1941 pour être conduit à La Rochelle, pour travailler sous commandement allemand à la construction de la base sous marine de La Pallice. » Aranda comme Tamborero purent s’évader, le premier en 1942, le second courant 1943, pour essayer de rejoindre la résistance. Aranda fut finalement repris et interné jusqu’à fin 1944 au camp de Rouillé dans la Vienne. Tamborero fut plus chanceux car il pu rejoindre son frère dans le Jura.
Luis Bonet arriva en Poitou à la gare d’Airvault. Comme c’était déjà le cas dans les camps de Barcarès et Argelès il fit fonction d’interprète. En plus des 50 centimes par jour il avait une prime de 20 centimes. Comme pour ses camarades il connut une période incertaine au moment de la débâcle, les militaires français conseillant à la compagnie de décamper au plus vite et de s’éparpiller dans les fermes. Ils purent compter sur le soutien des paysans auxquels ils offraient, il est vrai, en échange du gîte et du couvert, une main d’œuvre gratuite. A la fin de l’été les groupes de travailleurs furent reconstitués. Luis Bonet fût repris par les gendarmes et conduit, courant août 1940, au camps de Montendre où il put, pour l’essentiel des années qui suivraient, retrouver le métier qu’il avait en Espagne en travaillant dans des imprimeries de Montendre et Jonzac…où à ce poste, il put aussi  faire profiter la résistance de ses compétences.
 
Luis et Rafaël, en Juin 1940 à la débâcle, ont écouté leur ami le capitaine français : « Partez les allemands vont arriver, partez le plus loin possible vers la Méditerranée. Les militaires français leur ont même fait cadeau de 2 bicyclettes. A la force des mollets ils ont rejoint Carcassonne, où s’était installé un de leurs amis, Valérian.
Ils ont pu se faire refaire des cartes de travailleurs et chercher du travail. Ils quittèrent Carcassonne pour rejoindre Castres où Luis avait trouvé un emploi de coiffeur. Rafaël lui s’improvisa chauffeur et finalement s’en tira très bien. Ils durent ensuite revenir dans l’Hérault pour devenir ouvriers agricoles. Finalement le travail qui permettait de gagner un peu plus d’argent était celui de mineur.  ils acceptèrent de rejoindre la mine de la Caunette. Luis y fut chef de chantier et tous les deux, dans des conditions de travail difficiles, testèrent la possibilité de gagner un peu plus en travaillant beaucoup plus ; mais c'était déjà à l'époque un marché de dupe…..….Un jour il y eut un effondrement et Luis fût sérieusement blessé. A partir de ce moment Rafaël refusa de redescendre à la mine et sut persuader son frère que l'essentiel était de rester en vie. Un soir ils se sauvèrent de la mine pour rejoindre Toulouse où ils se firent embaucher à l’entretien d’un terrain d'aviation.  Recherchés par les gendarmes, pour abandon de poste à la mine, ils furent appréhendés et reconduits à La Caunette d’où ils s’évadèrent, à nouveau, la nuit venue, pour d’abord, se cacher à Carcassonne puis, quelques semaines plus tard retourner à Toulouse.
 
On devait être à ce moment fin 1943 ou début 1944. Les 2 frères se séparèrent pour la 1ère fois depuis 1936. Luis avait trouvé un emploi de coiffeur à Toulouse, tandis que Rafaël rejoignait les FFI.
A la libération ils se retrouvèrent, tous les deux, coiffeurs à Toulouse où Rafaël s’installa avec Margueritte. Luis qui avait épousé Encarnation, changea de métier en se faisant cordonnier comme son beau père Miguel et la famille alla s’établir en région parisienne
 
(à suivre)
Par daniel
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Dimanche 23 septembre 2007
Cet article et ceux qui suivront pour parler de cette période de la vie de Luis et Rafaël s’appuieront sur le Mémoire de Maîtrise d’espagnol de Cécile « les réfugiés espagnols dans les compagnies de travailleurs étrangers en Poitou-Charentes. » 

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   Pour ce 1er chapitre qui concerne l’arrivée en France des républicains espagnols j’emprunte le titre au très beau livre de 120 pages de Luis Bonet publié en 1994. L’auteur y raconte plusieurs mois de vie dans des conditions humiliantes au Camp de St Cyprien puis celui de Barcarès.
    Cécile pour préparer son Mémoire a pu rencontrer Luis Bonet, et, bien sûr, son grand oncle Rafaël . Elle a pu recueillir, aussi, d’autres témoignages comme celui de Mme Aranda, la veuve d’un militant socialiste de Niort, disparu en 1992. Elle rencontra aussi José Tamborero. 
     
    Il est curieux de voir que, noyés dans une masse de plusieurs milliers de réfugiés, tous ces hommes se sont, selon leurs témoignages, très souvent croisés. Se sont-ils connus ?
 

 
 
En 1992, Rafaël, s’est confié à Cécile, la petite fille de son cher frère Luis décédé en novembre 1981. Les 2 frères n’avaient eu qu’une obsession tout au long de ces 5 années « d’arrivée » en France ; la même qu’au cours de 3 années de guerre civile : ne jamais se séparer, rester ensemble, se protéger mutuellement ; ce fut leur force. 
      Rafaël déclara à Cécile qu'ils étaient, sans doute, entrés en France entre le 5 et le
10 février 1939. Selon le livre "les camps du mépris", les autorités françaises, devant l'afflux des réfugiés, avaient fermé la frontière le 2 février, avant de la rouvrir le 5 février pour une très courte période de 4 jours, afin de laisser entrer les derniers soldats républicains pourchassés par les franquistes.
 
      Après la terrible défaite de la sanglante bataille de l’Ebre. Les troupes nationalistes ont traversé le fleuve à la mi-janvier et se sont précipitées sur Barcelone qui tomba le 26 janvier. Pendant 5 jours les phalangistes fusillèrent sans procès, commettant en pleine rue ou dans les maisons plus de 10 000 assassinats. L’ordre nouveau était en place et plus de
500 000 républicains n’eurent pas d’autre choix que la mort ou la fuite éperdue. Cet exode apocalyptique, sous la mitraille des aviations italiennes et allemandes, précipita ces pauvres gens vers la France, le pays des droits de l’homme. L’accueil ne sera pas celui que ces malheureux attendaient…….A la frontière les policiers et des soldats les dépouillaient, certes des armes, mais de presque tout. On les laissa plusieurs jours sans nourriture et entassés comme du bétail dans des camps.

    Luis et Rafaël Rozon, sont passés en France par le col d’Arès (Léo Aranda aussi) et passèrent les 1ères semaines dans les champs du côté de Prats de Mollo, puis vers Amélies les Bains et Céret. Ils creusaient un trou dans la terre pour s’enfouir sous une couverture et de la paille qu'ils trouvaient pour se protéger du froid hivernal. Luis Bonet, lui, est entré par le Perthus et put passer une 1ère nuit confortable au Boulou ; ça sera la seule car dès le lendemain la longue marche, sous la neige, commençait. Les autorités françaises étaient complètement dépassées par les évènements et la population devint, assez rapidement, méfiante.  Les sermons des dimanches à l’église aidant, les habitants des villes et villages traversés regardaient, avec crainte ou hostilité, débarquer cette cohorte de « Rouges » hirsutes. 
   Luis Bonet et ses camarades furent parqués sur la plage de St Cyprien entre mer et barbelés sous la surveillance de tirailleurs Sénégalais. Le périple de Luis et Raphaël Rozon fut sensiblement le même car ils arrivèrent, eux aussi, transis de froid et morts de faim sur la plage d’Argelès…et dans les mêmes conditions, c'est-à-dire sans aucun baraquement, aucun sanitaire, avec pour seul refuge, les « châteaux de sable » de la plage où ils pouvaient se terrer la nuit pour se protéger du froid. Ah si, il y avait une structure de ci de là : quelques poteaux étaient plantés dans le sable pour y attacher les perturbateurs, qui y passaient la nuit en plein air au lieu d’être à l’abri dans le sable ; de quoi refroidir les récalcitrants de toute tentative de récidive. Qui connaît un peu cette région ne sait dire où commence et où finit la plage d’Argelès et où commence celle de St Cyprien. Pour toute nourriture, du pain fut enfin donné aux indigents ; certains se permirent même quelques excès en faisant du troc avec les tirailleurs « dit » sénégalais. Une boule de pain, ou un paquet de cigarettes ou une couverture contre une bague ou une montre.
 
A partir de fin mars,  les réfugiés purent enfin et progressivement quitter cet enfer pour rejoindre un purgatoire salvateur. Un camp en dur avec des baraquements et des sanitaires qui avaient été sommairement construits à Barcarès. Luis Bonet y fut transféré, Rafaël et Luis Rozon sans doute aussi, mais il y a une incertitude dans le témoignage de Rafaël qui dit avoir été d’abord conduit à Agde et d’avoir été volontaire avec son frère pour faire les vendanges, avant de revenir à Barcarès. Les vendanges ayant lieu début septembre et ne durant guère plus de 2 ou 3 semaines, il est probable que les 2 frères sont d'abord allés à Barcarès comme Luis Bonet, Léonardo Aranda et José Tamboréro ; ces 2 derniers ayant, même, participé à la construction du camp de Barcarès pendant que les 4 autres se gelaient, inactifs, sur les plages.
Rafaël regrettait d’ailleurs ne pas avoir participé aux cours qui étaient donnés à Barcarès pour l’apprentissage du français, ce que fit, évidemment, Luis Bonet qui était un intellectuel. Tous ces jeunes hommes purent aussi commencer à faire différentes activités dans ces camps, enfin plus humainement aménagés du moins ce qu'on imagine de camps de "détenus", à défaut d’être des lieux de villégiature. Des travaux, un peu de sport, les visites de médecins de la Croix Rouge, ….la possibilité de reprendre vie, de reprendre espoir, d'évacuer le grand traumatisme de la défaite de la République, de parler résistance avec des mouvements anti-fascistes qui s’organisaient. Luis Bonet put  bénéficier, suite aux cours de français et la rapide assimilation de notre langue, d'un statut d’interprète. Il y eut, dès l'été, une forte propagande des autorités pour inciter les réfugiés, qui refusaient d'envisager un retour en Espagne, à rejoindre la légion étrangère ; n’oublions pas que la France déclara la guerre à L’Allemagne le 3 septembre 1939, même si cela ne fut que pour une « drôle de guerre » jusqu’à l’offensive allemande de mai 1940.

    En septembre de nombreux espagnols furent réquisitionnés pour des travaux en dehors des camps dont les vendanges. Ce fut le cas de Luis et Rafaël Rozon du côté de Agde, et de Léo Aranda à Marsillargues. Luis Bonet lui dut se rendre en Seine et Marne pour travailler dans une ferme à la récolte de betteraves.
 
Ensuite, tous à nouveau regroupés à Barcarès, ils apprirent, courant novembre, leurs prochaines affectations aux Compagnies de Travailleurs Etrangers. Ces compagnies avaient été créées en avril 1939, mais à cette époque la priorité était, soit au retour des réfugiés en Espagne, et à la moindre incartade des malheureux étaient remis à la frontières entre les pattes des fascistes, soit à l’engagement de volontaires pour la légion étrangère. Pour tous les autres, ceux qui restaient encore dans les camps en septembre et octobre, il fallait bien, d’une manière ou d’une autre, qu’on les fasse participer à l’effort de guerre. Luis et Rafaël Rozon, José Tamborero, Léo Aranda et Luis Bonet, furent tous affectés en Poitou-Charentes. Les 2 frères Rozon dans la 132ème compagnie  à St Jouin de Marne, Luis Bonet également dans les Deux Sèvres à la gare d’Airvault, José Tamborero se retrouva à la 171 CTE dans la Vienne à Availles et Léo Aranda également dans la Vienne à L’Isle Jourdain.
 
(A suivre)  
 
(*) On peut lire aussi « Camps du Mépris de René Grando, Jacques Queralt et Xavier Febres »
 
Luis Bonet-Lopez (Valence 1910-Montendre 1997) était imprimeur de formation. Son engagement comme communiste, anti-franquiste et résistant ainsi que des dons multiples de dessinateur, aquarelliste, poète et animateur culturel en font un personnage parmi les plus attachant. Il a aussi écrit  « Mémoires d’exil d’un espagnol » ; (le croix vif)
 
L’un des poèmes de Luis Bonet :
 
Saint-Cyprien 1939.
 
Ici, les nuages du ciel prennent des tons délicats de nacre et de velours.
Le soleil se montre, là-bas à la limite de la mer.
 
Les cimes des montagnes accueillent avec joie,
Les scintillements lumineux que le soleil nouveau leur envoie.
Les neiges qui les habitent prennent de belles couleurs.
 
Sur le sable de la mer, la beauté n’apparaît pas.
Tout ce qui l’envahit à la couleur de la douleur et de la tristesse !
 
La teinture de la misère souille tout de famine,
De poux intraitables, de tristesse, de désespoir et de froid insupportable…
 
Les épines des barbelés baignées par le soleil
Sont dures à supporter pour tous les locataires !!!
Par daniel
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Lundi 6 août 2007
Miguel et Pilar vivaient avec leurs 3 filles rue Burgos dans la vieille ville de Santander ; Santander est la capitale de la Cantabrie région du nord de l’Espagne et c’est l’un des 3 ports importants espagnols sur l’Atlantique (Golfe de Gascogne) ; Santander est situé entre Gijon à l’ouest en Asturies et Bilbao à l’est en Pays Basque.
Fils de Victoriano Andres et de Hipolita Sanchez, Miguel est né le 29 septembre 1899 à Villasarracino dans la province de Palencia en Castille-Leon à une centaine de kilomètres au sud de Santander. A l’age de 8 ans, à la suite à un coup de pied porté par un autre enfant qui lui provoqua une gangrène, Miguel perdit une jambe. Elève d’une très grande intelligence, l’instituteur du village voulu l’envoyer au collège mais ce n’était pas le choix du père qui, dans cette région de travail agricole, ne voyait qu’un avenir possible pour son fils, faire un des métiers artisanaux traditionnellement dévolus aux infirmes: Miguel serait cordonnier-bottier. Apprenti il appris le métier chez un artisan de sa région puis à 18 ans Miguel quitta son village et sa famille, pour aller gagner sa vie à Santander. Quelques mois plus tard, à force d’économie, il était en mesure de se payer une jambe artificielle qui allait faire de lui un autre homme, un homme respecté par son travail en devenant maître bottier (il sera, plus tard sous la république, délégué de l'industrie de la chaussure de Santander) et par son intelligence qui en fit un pivot des mouvements activistes de Santander en cette période de dictature de Primo de Rivera.
Pilar est née le 22 mai 1896 à Santander. Fille de Saturnino Nieto-Perez qui était originaire de Ventosa (province de Logroño en Vieille Castille) et d’Encarnacion Toca-Herrera originaire de Liencres près de Santander.
Miguel et Pilar se marièrent en février 1923 alors que Pilar était enceinte. Miguel,  en raison de la crise économique en Espagne  faisait de fréquents séjours en France ; c'est au cours de l'un d'eux,  accompagné de son épouse, courant 1923 début 1924,  que naquit la petite Encarnacion ….(la future mère de Pilou…oui je sais que c’est un peu difficile à suivre avec cette manie des espagnols, et d’autres, de donner à tous les enfants d’une même famille les même prénoms de génération en génération ; que de Encarnacion, de Pilar et même de Genoveva dans cette famille Andres) ….la petite Encarnacion vit donc le jour à Paris, le 6 septembre 1923, ce qui lui permettra plus tard de choisir la nationalité française.
Le couple retourna courant 1924 à Santander calle Burgos où naquirent en 1925 puis en 1927, Genoveva et Pilar-Modesta. (Encore…et sans compter une autre Genoveva, la sœur de Pilar qui épousa un Adolfo au prénom prémonitoire et tragique car ce beau-frère de Miguel prendra lui,  le parti des franquistes)
La république fut accueillie en 1931 par le couple avec un immense espoir. Miguel avait d’ailleurs été l’un des fondateurs du parti socialiste de Cantabrie. Cet espoir dans la démocratie enfin conquise balbutia en 1936 puis bascula en 1937 ; l’équilibre familial aussi.
 
Au début de l’insurrection franquiste, les républicains de cette région nord étaient confiants, c’était même sans doute de toute l’Espagne, les républicains les plus confiants : Cette vaste et riche région qui s'étend des Asturies jusqu’au Pays Basque avait des liens économiques très forts avec l’Angleterre et la France, les intérêts économiques et financiers faisaient que ces puissances ne pouvaient pas « lâcher » la république, c’était une certitude….sans compter que le Front Populaire était arrivé au pouvoir en France. Quelle erreur de jugement et quelle désillusion ! Effectivement des cargos et la marine royale britanniques patrouillèrent dans le golfe de Gascogne au large de Bilbao, de Santander et de Gijon dès le début de l’insurrection franquiste. Fin 1936 début 1937, des bateaux français, le plus souvent affrétés par des mouvements de gauche, vinrent aussi contribuer au ravitaillement (dont des armes) et en retour ils durent bientôt procéder aux premières évacuations.
Pour les putschistes, il était primordial de réduire cette région nord afin d’isoler le plus vite possible Madrid. Cette bataille majeure, les franquistes l’emportèrent grâce à l’appui puissant et sans restriction des forces allemandes et italiennes. L’offensive lancée fin mars 1937, connu son point crucial avec la destruction de Guernica par la légion Condor et le millier de victimes des bombes incendiaires qui y furent testées pour la 1ère fois. A partir de ce drame l’émotion fut telle qu’elle provoqua l’abattement dans le camp républicain déjà malmené par les divisions internes. Le Nord de l’Espagne tomba finalement assez facilement malgré les sacrifices des combattants républicains : Bilbao le 19 juin, Santander le 25 août puis Gijon le 21 octobre : le nord devenait franquiste et le sort de la démocratie en Espagne était scellé pour ….très, très longtemps : plus de 40 ans.
Les premières évacuations par bateaux de civils et surtout d’enfants se firent d’abord de Bilbao….puis au fil de l’avance des troupes franquistes le gros des départs se fit ensuite de Santander où 20 000 personnes furent embarquées rien qu’en Juillet 1937, avec 15 bateaux qui assuraient les transports par rotation (9 anglais et 6 français selon Pierre Marques dans son ouvrage « Les enfants espagnols réfugiés en France »).
Avec l’avancée des franquistes, puis le blocus de Santander qui se mettait en place, il apparu fin juillet qu’il ne restait plus guère de solution que d’évacuer les derniers enfants sur Gijon d’où ils pourraient embarquer ; c’était la dernière chance et Miguel et Pilar, eux qui étaient repérés par leur activisme républicain, durent se résigner à l’inimaginable pour sauver leurs enfants, la séparation, et faire partir leurs 3 filles qui avaient respectivement 14, 12 et 10 ans. Ce dernier transfert vers Gijon, se fit le 3 août.
On imagine que cette séparation fut douloureuse ; Les chances de se revoir étaient, pour le moins, très incertaines, mais il fallait y croire et surtout le faire croire aux filles. 2 jours plus tard, il y a aujourd’hui 70 ans, les enfants étaient embarqués, accompagnés par une institutrice sur un bateau nommé Istanbul à destination probable de Lille.
En fait le bateau s’arrêta à Bordeaux, où les enfants furent retenus à bord plusieurs jours, en « quarantaine ». Le bateau fut ensuite déplacé vers Pauillac où ils purent enfin débarquer ; là les 3 soeurs furent lavées, récurées, désinfectées, vaccinées, rasées : ces journées resteront pour Encarnacion le souvenir d’une terrible humiliation. Les enfants furent ensuite dirigés vers Paris, enfermés dans des wagons avec très peu de nourriture et surtout très peu d’eau ce qui fut un calvaire. A Paris ils seront hébergés sur une péniche, gardés par la police, pendant que les autorités cherchaient des familles d’accueil, mais il y avait peu de volontaires spontanés. Cette situation infernale eut bientôt raison de la santé mentale de la seule adulte accompagnatrice du groupe d’enfants de Santander ; l’institutrice se suicida. Ce geste désespéré a peut être été une sorte d’électrochoc qui a conduit à débloquer la situation, car les autorités décidèrent enfin de diriger les enfants vers le Nord, destination initiale du bateau où manifestement un comité d’accueil de militants et syndicalistes avait été prévu et s’était organisé pour les placer dans des familles.
La plus chanceuse fut Pilar-Modesta la plus jeune, qui fut placée dans la famille d’un riche industriel. M. Meurice était franc-maçon et fut, bien plus tard, après la guerre maire d’une petite ville du Morvan. M. et Mme Meurice qui n’avaient eu que des garçons, dont le dernier sensiblement de l’âge de Pilar,  l’élevèrent comme leur propre fille.
Encarnacion et Genoveva furent placées dans des familles où elles eurent à travailler, parfois durement ; elles étaient considérées comme des bonnes à tout faire. C’est pour Genoveva (12 ans) que ce fut sans doute, le plus difficile, mais heureusement, « Papa » Meurice, intervint et lui trouva une autre famille d’accueil.
 
Pendant ce temps les parents avaient réussit à fuir de Santander ; Miguel qui était très impliqué dans la défense de la ville fut trahi par son beau-frère Adolfo qui le dénonça et remis des informations cruciales aux franquistes. Miguel et Pilar réussirent à s’échapper, à gagner les Pyrénées puis la France, pour revenir quelques temps défendre la république à Barcelone. Après la défaite complète des loyalistes ils se réfugièrent à Cordes dans le Tarn. C’est encore M. Meurice qui aida la famille à se retrouver dans cette pittoresque petite ville de type médiéval où Encarnacion et Genoveva vinrent rejoindre leurs parents et où ils restèrent pendant plusieurs mois (sans doute 2 ans) avant de s’installer en 1941 ou 1942 à Toulouse. Pilar-Modesta était restée dans la famille Meurice qui avait quitté le département du Nord lors de l’invasion allemande pour s’installer sur Toulouse où M. Meurice avait des magasins.
Pilar mourut à Toulouse en 1943, à 47 ans des suites d’une pleurésie.
Quand Encarnacion épousa Luis à Toulouse en 1946, M Meurice fut le témoin de la mariée. Miguel resta auprès de sa fille aînée et de Luis. Il ouvrit une cordonnerie botterie, au nom de sa fille française, en région parisienne où il avait des contacts (à cette époque ces artisans faisaient des chaussures) ; Miguel forma Luis, qui abandonna le métier de coiffeur pour celui de cordonnier, ...de la tête aux pieds. Une première boutique fut ouverte à Alfortville mais la demande de travail fut telle qu’il fallait s’agrandir et le choix se porta sur Champigny où il y avait derrière la boutique une maison à remettre en état, ce qui occupa Luis lors de ses rares journées de repos. Dans cette cordonnerie Pilou y trouva son 1er jouet : un marteau.
Miguel qui avait été condamné à mort par contumace, par le régime franquiste, ne retourna pas en Espagne avant 1957. Cette année là, Luis demanda et obtint la naturalisation française ; toute la famille pouvait alors aller passer les vacances en Espagne ….tous sauf à priori Miguel…...Le désir de revoir son pays fut plus fort et il tenta une demande de visa qu’il obtint….il fit ce 1er voyage quelque peu inquiet, mais ce mois d’août 1957, se serait plutôt bien passé, heureux de revoir toute la famille et en évitant d’aborder les sujets du passé qui auraient certainement encore fâché, 20 ans après ; mais sur la route du retour, il fit un malaise cardiaque. Ce ne fut certes qu’une alerte, dont il se remit, mais cette alerte l'a poussé à se décider à rentrer chez lui. Avant la fin de l’année 1957 il prit toutes les dispositions et quelques semaines plus tard il repartit s’installer à Santander où il mourut, dans la rue, victime d’une crise cardiaque, le 1er septembre 1958, à un peu moins de 59 ans.
 
 Pilou, moi et les enfants nous avons fait plusieurs voyages à Santander (comme à Grenade et Barcelone). Le dernier à Santander ce fut en juillet 1996 : je pourrais parler de cette jolie ville si calme et qu’on a du mal à imaginer dans ces heures tragiques. Je pourrais parler de la plage d'El Sardino, de la péninsule de Magdalena qui abrite le palais royal d’Alphonse XIII, je pourrais encore parler des magnifiques paysages, de très beaux sites comme la proche source de l’Ebre et je pourrais même parler du petit village de Villasarracino écrasé par le soleil d’été, avec personne dans les rues à mi journée et qui me faisait, alors, penser à un village de western à la Sergio Léone…..mais tout ça, c’est déjà une autre histoire.
 (à suivre)
 
Par daniel
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Mercredi 25 juillet 2007
 
 
Rafaël et Luis étaient originaires de Fuente Vaqueros en Andalousie. Fuente Vaqueros (en français la fontaine des vachers) était au début du siècle précédent un gros bourg agricole situé à une vingtaine de kilomètres de la capitale régionale Grenade la fière.
Luis est né le 28 février 1914 dans ce village où il vécut son enfance. Certains de ses frères dont peut être Rafaël né le 8 août 1911 virent le jour à Lachar distant de 6 ou 7 km. Le père Francisco Rozon Pertiñez né en 1875 était ouvrier agricole et travaillait pour les propriétaires terriens. La mère Francisca Molina Castro né en 1876 fut mère au foyer pour élever les 11 enfants du couple. Francisco et Francisca qui avaient été enfants uniques eurent en fait 13 enfants dont 2 morts nés ou en très bas âge.
Francisco et Francisca étaient des enfants du pays andalous ; leurs parents respectifs étaient pour lui :  José Rozon Perez et Matilde Pertiñez Tejas et pour elle: Rafaël Molina Fernandez et Dorotéa Castro Gomez.
Les 13 naissances espacées chacune d’environ 2 ans se sont réparties, sensiblement de 1896 à 1923. Les 11 enfants qui ont vécu furent dans l’ordre : Paco, José, Antonio, Rosa, Matilde, Manuel, Rafaël, Luis, Emilia, Guillerma et Carmen.
La région de Grenade est riche, un éden agricole ; adossé à la Sierra Nevada la plaine est fertile, limoneuse, la riche « véga » bien arrosée par les rivières et fleuves qui descendent vers la mer. En cette période ultra inégalitaire cette richesse ne profitait qu’aux propriétaires surtout pendant la fin du règne d’Alphonse XIII sous la dictature de Primo de Rivera entre 1923 et 1930. Francisco trouvait bien sûr du travail mais les salaires des journaliers s’effondraient. Il fallait toujours travailler plus pour gagner moins. Rafaël et Luis durent travailler dès l’âge de 8 à 9 ans en gardant du bétail ou des cochons et en ramassant des asperges sauvages (ou autres selon les saisons) qu’ils revendaient.
Bien plus tard en 1978, Luis et Encarnacion, les parents de Pilou, sont venus nous voir un printemps au Maroc où nous vivions, où je travaillais sur un barrage dans le centre du Pays (Province d’El Borouj). Nous fumes surpris de constater la tristesse de Luis son mal être ; certes il avait quelques soucis de santé, mais surtout il n’avait pas la nostalgie heureuse en voyant ces petits marocains de 8 à 10 ans garder des moutons et se précipiter vers les voitures qui passaient avec des bouquets de fleurs des champs ou figues de barbarie ou asperges sauvages ….il se revoyait 50 ou 55 ans plus tôt en Andalousie.
Pendant cette période de grande misère en Espagne il n’y avait pas ou peu de temps à perdre à l’école, et c’est Francisco qui leur apprenait à lire. La génération précédente n’avait pas été beaucoup plus riche mais avait moins subi la misère….et encore l’Espagne n’a pas participé à la guerre de 14/18. En cette période de fin des années 20, Francisco et Francisca ne purent même pas escompter un renfort du fils aîné : Paco qui avait été militaire au Maroc espagnol est rentré mourant d’une fièvre, sans doute la Malaria.
Francisco était un homme strict : Quand l’un des enfants n’était à table à l’heure voulue ….il devait attendre le repas suivant pour manger. Il inculqua à ses enfants le sens de l’honneur, du travail, de la famille et du respect. On ne sait rien de ses rapports avec la religion très présente et influente en Andalousie. Toujours est–il que, plus tard, après les ravages de la guerre civile… Luis et Rafaël étaient devenus des mécréants intransigeants.
En 1931 aux élections municipales, les premières élections démocratiques que concéda Alphonse XIII après la dictature de Primo de Rivera, ce fut un raz de marée de gauche. Le roi abdiqua et la république fut déclarée. Il s’en suivit une période peut être un peu confuse mais ce fut un temps où les couches populaires campagnardes ou citadines ressentaient un mieux vivre.
 
Rafaël avait fait son service militaire aux Canaries et à son retour, probablement au début de la république vers 1933 il s’installa comme coiffeur itinérant ; métier qu’il avait sans doute appris à l’armée. Il embaucha et forma son jeune frère Luis.
Une ère de tranquillité, peut-être d’insouciance, s’installait avec cette jeune république. Les 3 jeunes sœurs de Luis et Rafaël purent même aller à l’école….elles eurent comme institutrice une certaine mademoiselle Garcia Lorca, la sœur du poète. En effet la famille Garcia Lorca était de Fuente Vaqueros, c’était certes une famille bourgeoise aisée cultivée, qui possédait une belle résidence et des terres mais qui n’était pas insensible à la misère du peuple.
Federico avait pris fait et cause pour la république et pour le front populaire qui s’était constitué en 1935, rassemblant tous les partis de gauche et tous les syndicats. Les élections de février 1936 virent la victoire du front populaire (même si certaines circonscriptions comme Grenade restèrent à droite). Selon l’historien Bartholomé Bennassar le projet politique du front populaire était extrêmement modéré soucieux de ne pas donner d’arguments aux ennemis de la république. Une réaction se dessina pourtant immédiatement : En juillet 1936 un acte inconscient ou une provocation délibérée fut l’assassinat du chef de l’opposition monarchiste Calvo Sotelo ….ça sera le déclic de la rébellion, rébellion qui se préparait depuis plusieurs mois. Parti du Maroc et dirigé par le général Franco que le gouvernement républicain avait écarté, le soulèvement de l’armée s’étendit rapidement et surtout en Espagne du sud. La légion étrangère et ses banderas dans une logique d’extermination mis le pays à feu et à sang. Toujours selon Bartholomé Bennassar, mais aussi l’historien britannique Hugh Thomas, au cours de l’été 1936 les tribunaux militaires, dirigés par le général Campins ancien adjoint de Franco, prononceront 2700 condamnations à mort à Grenade et plus de 3000 dans les environs (Fuente Grande, Fuente Vaqueros, Barranco de Viznar ) et sans compter les morts par tabassage lors des interrogatoires (lire ou relire le testament espagnol d’Arthur Koestler). Ce fut le cas de Francisco le bon père de famille, homme honnête, travailleur, respectueux ….. qui respectait la démocratie, la république et ses voisins qui pourtant le dénoncèrent. Jose son  fils aîné (depuis le décès de Paco) lui fut jugé et fusillé. Comme il fut assassiné à la mi août 1936 et qu’il fut enterré dans la fosse commune de Viznar, il n’est pas impossible qu’il ait été exécuté en même temps que Federico Garcia Lorca. ….c’est du moins ce que pensaient Luis et Rafaël. N'oublions pas que Jose et Federico avaient le même âge et que malgré des origines sociales différentes, dans ce gros bourg agricole, ils devaient forcément se connaitre.
Luis et Rafaël eurent plus de chance que Jose en s’échappant par la fenêtre de leur chambre quand les franquistes arrivèrent chez eux. Leur vie s’est jouée à quelques minutes. Il s’en est suivi des heures, des jours de peur, de caches, de fuite pour rejoindre des zones du Centre-Est où l’armée fidèle à la république résistait, contenait les rebelles.
La suite entre 1937 et 1938 on n’en sait trop rien sinon que les 2 frères engagés dans l’armée de la république ne se sont jamais quittés. De cette guerre civile ils n’en parlaient pas. Je sais qu’ils détestaient les armes à feu fussent-elles des armes de chasse ou des armes de fête foraine. Par certains recoupements (les références répétées à Teruel, la traversée de l’Ebre à la nage en hiver et la rencontre avec Ramon le futur beau–frère de Luis) on peut penser qu’ils ont participé aux terribles batailles de Teruel (Décembre 1937 février 1938) puis de l’Ebre (juillet novembre 1938). Ils étaient aussi probablement présents lors de la chute de Barcelone (voir ou revoir le magnifique film de Ken Loach "Land and freedom") avant la débâcle, la fuite encore, et l’exil avec le passage de la frontière à Prats de Mollo en février 1939….. 
(à suivre)
 
 
Par daniel
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