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Didi....du maquis à l'armée en passant par la case prison

22 Août 2007 , Rédigé par daniel Publié dans #Didi

Après son arrestation dans la forêt d’Annoux, Didi fut conduit à la prison d’Auxerre. Dans le camion qui l’emmenait, il se tenait près d’Albertine et son regard évitait de se porter trop sur Charly qui était très mal en point. Il savait que ses chances de s’en sortir étaient de ne rien savoir du blessé. En arrivant à Auxerre il fut séparé du groupe pour subir de nouveaux interrogatoires. Ce ne furent que des coups, passages à tabac, difficiles à encaisser, mais pas vraiment des tortures odieuses et insupportables. Il apprendra plus tard que les services de la Gestapo se tenaient, en fait, en face de la prison, à l’hôpital, et étaient dirigées par le cynique Dr. Haas ; c’est sans doute là que fut immédiatement conduit Charly avant d’être abattu dans un fossé la nuit suivante. (Lire Jorge Semprun qui, dans plusieurs livres, évoque la prison d’Auxerre : « Le grand voyage » et  « L’écriture ou la vie ». Il semble qu’il y avait de sérieuses failles dans l’organisation de la Gestapo, et que c’était un peu au petit bonheur la chance ; ainsi le Commandant Verneuil, qui avait été arrêté en mai, fut relâché par Haas tant il semblait jeune et peu dangereux. (Source Mémoires Vivantes)
La prison d’Auxerre était partagée en quartiers : le quartier des droits communs était gardé par des français, et le quartier des résistants, suspects ou otages était gardé par des soldats allemands. Le simulacre de ballade romantique avec Albertine, lors de son arrestation, ou le témoignage du garagiste d’Annoux, aura peut être permis à Didi d’être aiguillé tout de suite au moins mauvais endroit. Peut être a-t-il paru, lui aussi trop jeune et peu dangereux. Finalement il se retrouva au bout de 48 heures dans une cellule «d’oubliés» ; il y restera, ainsi, quasiment pendant 50 jours, les allemands ayant en août 1944 d’autres préoccupations avec les attaques de la résistance et la progression des armées de libération. Finalement c’est du manque de nourriture dont souffrira surtout Didi, et l’angoisse permanente de vivre, peut être, son dernier jour. Pendant plus d’un mois les colis de sa grand-mère ne lui furent pas remis, pas plus que les lettres de ses parents. Courant août 1944 les effectifs des soldats allemands à la prison se réduisaient et les gardiens français dont certains étaient liés à la résistance purent approcher plus facilement les cellules des «oubliés».
Dans sa cellule le jeune homme de 18 ans, à défaut de pouvoir se remplir la panse, pouvait se nourrir l’esprit : il partagea plus d’un mois de cellule avec 2 prêtres : l’abbé H. secrétaire de l’archevêché de Sens et le père V. prêtre de St Fargeau. Il y avait encore un garagiste, celui-là de Cerisier qui était, lui, chef de cellule communiste et FTP. Il y avait aussi d’autres jeunes, des cheminots, tous plus ou moins résistants. Les débats étaient, parait-il, passionnés; même entre les prêtres, dont l’un était manifestement plus gaulliste que l’autre.
Geneviève, qui écrivait à son fils en regrettant qu’il ne sache plus trop ses prières, aurait été rassurée de le savoir en aussi bonne compagnie et je suppose que Didi, avait, un peu, parlé de sa famille à ses compagnons et plus particulièrement aux deux ecclésiastiques : Car sa mère Geneviève était née Prieux (ça ne s’invente pas) le 29/11/1897 à Paris 18ème. Son père, Marie Joseph Prieux, était de Villeneuve l’Archevêque (ça non plus ça ne s’invente pas) dans l’Yonne où il était né en 1856 dans une famille de 6 ou 7 enfants. Au moins 3 d’entre eux finirent dans les ordres, dont un prélat à Sens ou Tonnerre (je ne sais plus trop où, ni à quel grade de sous off ou d’officiant) ; il y eut aussi un simple abbé et une religieuse (les prolos ecclésiaux de la fratrie…toutefois, à ce qui m’a été dit, la bonne sœur finira, quand même, en promotion interne, mère supérieure). En bonne harmonie avec le nom de famille et le nom du bourg d'origine, la caractéristique de la lignée était un fervent engagement catholique. Marie Joseph, le grand père maternel de Didi, ainsi que son frère Paul se sacrifièrent, quand même, pour assurer le renouvellement des générations ; Tous deux fondèrent une famille et firent carrière à la poste. C’est d’ailleurs Paul qui, en épousant Lucie, fille d’un hobereau morvandiaux, enracina les deux frères, rescapés des ordres, à Civry. Marie Joseph, quant à lui, épousa Marie Mathilde Jeanne Dumont qui était née à Aire sur La Lys (Pas de Calais) en 1862. Marie Mathilde Jeanne, fille et petite fille de riches bourgeois armateurs, était la grand- mère que Didi accompagnait à Civry, pour pouvoir se rapprocher de ses copains de la résistance.
Geneviève qui dans ses lettres (non reçues) s’épanchait en prières et vœux, fut parfaitement exaucée ; non seulement son fils échappa au peloton d’exécution, mais il fit carême pendant plus d’un mois et reçu de belles leçons de catéchisme qui, au moins, l’aidèrent à tenir le coup.
Cette situation aurait pu durer longtemps si la résistance n’avait pas bouté les allemands hors de l’Yonne. Dr Haas aurait du examiner, d’un peu plus près, le chétif Verneuil lorsqu’il le tenait à sa merci. En quelques mois celui-ci avait unifié les maquis et fait évader de la prison d’Auxerre les chefs des maquis Garnier et Le Loup qui y étaient emprisonnés. Ensuite, les premières actions de ses troupes furent d’effectuer de nombreuses embuscades pour procurer à la résistance (et en priver l’ennemi) des jeeps et des camions nécessaires à des attaques d’envergure. Passant, ensuite, à l’offensive le maquis Verneuil prenait Avallon le 19 août et contrôlait tous les axes routiers autour de cette ville dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres. L’objectif suivant était Auxerre et au préalable la destruction des réserves d’essence des Allemands à Moretteau. Cette attaque surprise obligea l’état-major allemand à concentrer toutes ses forces pour défendre le dépôt et donc de réquisitionner tous les soldats valides y compris les gardiens de la prison.
Didi m’expliqua que son évasion fut facilitée par le départ des soldats allemands de la prison où ils furent remplacés, les derniers jours, par des policiers français qui ne faisaient pas trop de zèle, et dont quelques uns étaient, d’ailleurs, liés à la résistance.
 « Je soussigné René B.  atteste sur l’honneur que le 23 août 1944, les détenus internés dans le quartier tenu par les allemands, se sont évadés avec la complicité de quelques surveillants dont je faisais partie, cela sur l’ordre de la résistance avec qui j’étais en contact. Les allemands ayant provisoirement abandonné la prison sont revenus dans la nuit du 23 au 24 août où ils nous ont menacés pour avoir permis aux internés de s’évader…. »
En fait, la bataille d’Auxerre fut incertaine pendant quelques heures, les allemands reprenant le dessus, avant de, finalement, se replier.
«  Je soussigné François J., Agent PI du réseau Jean Marie Buckmaster, certifie qu’à la prison d’Auxerre les détenus résistants étaient gardés par des soldats allemands et non par des gardiens civils qui, eux, s’occupaient des droits communs ; seuls les civils porteurs de la soupe  pouvaient communiquer avec les détenus résistants.
Peu après l’attaque de Morréteau par la résistance, groupe Bayard et Pailleret, le 23 août 44, en vue de protéger le dépôt d’essence, les gardiens allemands quittèrent provisoirement la prison pour renforcer le peu de troupe restant au chef lieu.
Pendant ce laps de temps, certains gardiens civils au service de la résistance, tel notre ami René B., profitèrent de l’occasion pour faire évader plusieurs de nos camarades.
Toute la nuit les allemands de retour à la prison recherchèrent les évadés dans les rues d’Auxerre. Le 24 août après midi le chef lieu était investi et libéré par la résistance.
Plusieurs de nos camarade dont André Baudin ont passé la nuit chez Albert L. pâtissier à Auxerre; ils devaient, ensuite, rejoindre le Maquis Chevreuil stationné à Villers /Thonon. Leurs angoisses pouvaient alors prendre fin. »
Le même François J. confirma que les évadés de la prison étaient sur le point d’être exécutés et précisa que : « ….Baudin  fut arrêté en combattant près de Massangis avec le groupe Garnier Verneuil….Son état de santé au lendemain de sa libération ne lui permettait pas de rejoindre son groupe ; c’est donc à Villiers sur Thonon qu’il fut soigné et pris en charge à la 1ère compagnie Chevreuil, à la formation du 1errégiment des volontaires de l’Yonne. Il fut affecté agent de liaison de la 3èmeCie auprès du Commandant Charpy.
Didi était dans un triste état lorsqu’il s’est évadé ce que confirmera le capitaine Pierre P.
« ….Le 24 août en entrant dans Auxerre nous avons la joie de récupérer Albert L., Marcelle S. et André Baudin, 3 agents de notre réseau Jean Marie Buckmaster, arrêtés pour faits de résistance. Ils sont miraculeusement vivants, mais en très mauvais état ; André Baudin en particulier, malgré sa taille et sa carrure fait à peine 50 kg, il est bien affaibli...."
Entre temps le Maquis Verneuil repoussait les allemands (Tonnerre fut libéré le 24 août). Il faisait la jonction avec l’armée De Lattre le 8 septembre et, ensemble, ils entrèrent à Dijon le 11 septembre.
Plus tard en Janvier 1945 lors de la campagne des Vosges le commandant Verneuil sera renvoyé par le Général De Lattre de Tassigny car il le trouvait trop jeune (Source Mémoires Vivantes)….décidément !
Didi signera le 5 novembre 1944 un engagement volontaire pour la durée de la guerre au 1errégiment des volontaires de l’Yonne- 2ème DIM 1ère Armée française et il prit part aux campagnes d’Alsace et d’Allemagne.
Didi quittait un maquis de résistants généreux pour rejoindre l’armée et pourtant quand en 1945 il se verra attribuer la croix de guerre, c’est l’épisode de Villiers/Tournoi et l’emprisonnement qui seront cités :
Le général de Division Olleris Commandant de la 8èmerégion militaire cite à l’ordre du régiment, le soldat André Baudin « Patriote ardent, toujours volontaire pour les missions périlleuses. Il a été fait prisonnier par les allemands en se portant au secours d’un camarade blessé. Il n’a donné aucun renseignement à l’ennemi malgré les tortures qu’il a du subir. ». Cette citation comporte l’attribution de la croix de guerre 1939/1945 avec étoile de bronze.
En cet fin d’été 1944 c’est la fin du calvaire pour Marcel et Geneviève qui s’empressent d’écrire à Civry …aux quelques autorités représentatives en place.
Le 17 septembre 1944, Mme la Présidente,
Dans l’impossibilité de remercier, individuellement les dames qui ont contribué à la réception faite à notre fils André, lors de son retour à Civry, nous vous serions très obligés, Mme la Présidente, de bien vouloir être notre interprète auprès d’elles et leur dire toute notre reconnaissance de l’accueil qu’elles ont réservé à notre petit dont nous sommes si fiers.
Nous vous prions de remercier Mme A.  de l’allocution qu’elle a prononcée et qui a été droit au cœur de notre fils. Il a été touché de ce témoignage de sympathie qu’il n’oubliera jamais et a senti qu’à Civry il a de nombreux amis ; votre accueil a effacé ses jours de souffrance. Pour lui, nous vous disons encore merci.
Mr et Mme Marcel Baudin
Ce qu’avait bien senti ma grand-mère c’est que Didi resterait, à jamais, attaché à Civry. Par contre ce qu’elle n’avait pas encore bien compris c’est que l’histoire ne s’arrêtait pas là et que ce n’était que le début d’une grande aventure pour son fils qui fera la campagne des Vosges, d’Alsace puis d’Allemagne dans l’armée De Lattre.
 
(A suivre)
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M
bonjour,<br /> Je viens de prendre connaissance de ces deux informations. Je suis effectivement de la même famille que Massé Fred, Massé Louis était le Parain de mon Mari Sylvain, qui est le fils du frère de Louis. A savoir Roger Massé. Ils sont partis ensemble libérer l'Alsace le 7 novembre 1944 au départ des casernes de Joigny. Tout comme Didi (André Baudin) Il m'a été remis une copie d''un tableau dont l'original je pense doit être au Musée Bayard à Joigny.<br /> J'ai rencontré la semaine dernière André Massé justement lors du décès de mon Beau Père Roger Massé (91ans) il m'a demandé l'histoire du 1er RVY, justement pour un neveu et je pense que c'est Fred Massé (Frédérique Massé fils de Jean dcd en Afrique)<br /> Mr Daniel, je suis la personne qui vous a demandé le n° de Téléphone en novembre 2014 je ne vous ai pas appelé car je suis très très occupée par un mandat de Maire. Je suis en famille avec Fred Massé, que je connais uniquement par le biais d'une recherche pour élaborer un arbre généalogique pour une cousinade ayant eu lieu à Pâques 2007. Bien cordialement Sylvette Massé
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D
J'ai du mal à comprendre le dernier commentaire de Mr. Massé. Etes vous le même Massé que celui avec qui j'ai eu des échanges par le biais de ces commentaires et dans ce cas j'ai dit tout ce que savais, le texte ayant été relu et vérifié en août 2007 par mon oncle Didi (André Baudin). J'ajoutais en 2014 que mon oncle était décédé fin février 2014. <br /> Si vous être un autre Massé et que vous cherché à entrer en contact avec Fred Massé, je ne peux rien pour vous car je ne le connais pas autrement que par ces quelques échanges de commentaires. <br /> Désolé.
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M
.Bonjour, voir ma réponse en date du 26 mars 2017. Nous allons nous réunir en Alsace comme tous les ans pour célébrer la capitulation de l'ennemi. Le dimanche 14 mai 2017 devant la stèle érigée en hommage aux Jeunes Volontaires du 1er RVY tombés en terre alsacienne. A bientôt
M
Bonjour,<br /> j'essaie en vain de prendre contact avec l'auteur de ce blog, le neveu de DIDI. Nous allons célébrer dimanche le 70ème anniversaire du départ du 1er RVY (1er régiment des volontaires de l'Yonne.<br /> Je suis très interressée en tant que secrétaire de l'amicale Jean Marie et du 1er RVY. Je suis en contact avec le président du musée &quot;Bayard&quot; de Joigny qui est lui aussi interressé par l attaque du dépot de MONETEAU. Je possède une copie d'un tableau de ABAUDIN. Bien cordialement
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M
Bonjour. Mon grand père Louis Massé appartenait au RVY. Je cherche des infos.. Qui êtes vous? (MASSE?)
M
Bonjour,<br /> effectivement c'est à cette époque là 2007 ou 2008 que j'ai trouvé votre billet, je connais bien tout ce secteur de ST VALERIEN près de Dollot. C'est l'an passé lorsque j'ai eu cette copie de tableau que je me suis souvenue du document que j'avais trouvé, et en regardant le listing des engagés dans le 1er RVY j'y ai trouvé le nom de DIDI. J'ai eu la semaine passé au téléphone un ancien qui communiquait avec DIDI je lui ai apris, puisque je lis vos billets le décès de son Ami DIDI. Il doit être présent dimanche 9 novembre à Joigny pour la cérémonie de leur départ le 7 nov 1944. Un bus de 42 personnes vient d'alsace pour cette cérémonie annuelle comme nous y allons en mai tout les ans avec les gens de l'yonne nous sommes 90 personnes au repas. Je vous appellerai la semaine prochaine. Merci pour votre réponse. Bien cordialement
D
Bonjour, <br /> J'ai à peu près écrit tout ce que je savais sur mon oncle André (Didi). qui est décédé fin février de cette année à l'age de 88 ans. <br /> Ce billet date d'août 2007, presque les débuts de mon blog, c'est dire que mon oncle m'a relu puisqu'il a été actif à suivre internet jusqu'en 2011/2012. Il m'a notamment souvent demandé de faire quelques corrections et il m'engueulait quand je le faisais trop passer pour un héros. Dans cette rubrique Didi, le seul domaine où je lui ai appris quelque chose c'est pour ce qui concerne généalogie de la famille et en particulier que la famille de sa mère, ma grand-mère, venait de Dollot dans l'Yonne en limite de Seine et Marne. L'installation de sa grand-mère et donc de mon arrière grand-mère, à Civry à côté d'Avalon a du se faire courant des années 20 à 30. <br /> Je ne pense pas que je pourrai vous fournir plus de renseignements que ce qui est déjà écrit mais vous pouvez me joindre au 06.83.27.93.06 sauf le mercredi après midi de 13h à 18h et le lundi après midi de 13h à 19h (portable fermé) <br /> Cordialement.