"La fusée décolle et la Guyane reste au sol"
l'un des premiers titres d'une jeune artiste guyanaise Mary C.
Il y a un peu de ça si on en croit la tension sociale de ces derniers jours (le litre d'essence à 1,70 €..... alors qu'il est à 0,70 € au Surinam voisin.....ça craint.....
)
On ne pouvait finir notre séjour guyanais sans
retourner à Kourou où nous avions vécu plus de 6 mois en 1969.
La décision d'aménager une base de lancement à Kourou fut prise en 1964 par De Gaulle...c'est dire qu'en 1969 c'était
tout récent et pourtant il y avait déjà des infrastructures et même des fusées "Europa" qui décollaient tant bien que mal (j'ai au moins le souvenir d'un échec retentissant début juillet
1969).
Nous habitions alors une petit maison avenue des roches.... et c'est là que nous nous sommes rendus en arrivant à Kourou ce mardi matin 14 octobre 2008..... on a
reconnu le jardin hydroponique qui venait d'être créé en 1969 et, peut-être, en face notre ancienne maison agrandie, transformée... et puis nous sommes allés à la pointe est, vers la
plage des roches, l'hôtel des roches
et sa
piscine.
A la pointe, à
l' embouchure du fleuve Kourou, se trouve la tour Dreyfus et au large à 17 km les îles du Salut : St Joseph devant côté sud, Royale décalée légèrement au nord et cachée
par les deux autres, l'île du Diable. L'enfer dans le paradis selon l'expression d'Albert Londres.
Kourou, avant d'être une base spatiale, fut pendant près d'un siècle, de 1850 à 1946, un des bagnes les plus inhumains. Ce site avait été, aussi, au XVIIIème siècle une
éphémère colonie voulue par Choiseul : près de 10.000 émigrants, fuyant la misère des campagnes françaises, y furent débarqués en
1763. Presque tous moururent de fièvres en quelques mois ; quelques survivant trouvèrent leur "salut"
sur les 3 petites îles du large....
Il fallait bien que ce site ait quelques avantages pour que, malgré une telle histoire, il soit choisi pour devenir le joyau de l'aventure spatiale.
Nous devions attendre le début d'après midi pour visiter le centre spatial, aussi avons nous profité de la matinée pour redécouvrir Kourou... on a reconnu des quartiers du vieux bourg,
l'église, le marché, le port, la zone artisanale...... pour le reste il y a la nouvelle ville ....oui, bof !
Ensuite nous sommes allés au musée de l'espace... et on aurait pu s'en passer... j'ai d'ailleurs regretté de ne pas être plutôt allé jusqu'au barrage de Petit-saut situé seulement à 28
km de Kourou.
A l'entrée du CSG, près du parking visiteurs est installée une maquette à l'échelle, c'est à dire 50 m
de haut, de la fusée Ariane V.
La visite commence par une information projection dans la salle Jupiter d'où, lors des lancements, les invités triés sur le volet et les journalistes accrédités, arrière ban des
spécialistes spatiaux, spacieusement installés tout en haut de l'Olympe, assistent au tir dans une l'ambiance crispée.
Dans cette salle, en un peu moins d'une heure, on a presque tout su de ce que l'on a bien voulu nous dire de l'histoire du CSG : L'intérêt de Kourou c'est la
proximité de l'équateur = économie d'énergie, large ouverture sur l'océan à l'est, la fermeture sur l'Amazonie à l'ouest et donc pas de survol de terres habitées, un sous-sol granitique de
l'ère primaire sans risque de tremblement de terre ou d'éruption volcanique, et une zone géographique historiquement à l'abri des cyclones.
On a aussi presque tout su des orbites géostationnaires (à 36.000 km de la terre, s
ous l'équateur) où circulent les satellites de télécommunications et de météorologie. On nous a tout appris, des orbites de transfert elliptiques (à 300 km) et de
l'effet de fronde pour gagner les 35.700 km (question pour un champion!) qui manquent pour le positionnement final.
On nous a aussi parlé des orbites basses (200 à 500 km) où se promènent des satellites scientifiques et d'observation et même des orbites héliosynchrones (800 km) qui, si j'ai bien
compris, servent à positionner des satellites espions (ceux qui ont permis à Busch de démontrer qu'il fallait intervenir en Irak) qui restent en observation en continue d'une
même zone.
Centre nerveux des missions, la salle jupiter est une véritable tour de contrôle où lors d'un lancement, tous
les tenants de l'autorité institutionnelle, opérationnelle et technique sont rassemblés.
A 12 km de là se trouve la salle des opérations du centre de lancement. Dans cette salle sont réunis tous les techniciens des opérations de lancement. Le directeur de ce pôle technique
est responsable du lanceur et de toute la préparation du tir. A l'heure du lancement il est en relation direct avec le directeur des opérations en poste dans la salle Jupiter.
Selon une chronologie établie et des procédures très complexes les différentes phases sont effectuées pour obtenir
successivement l'autorisation de lancement, puis la décision de lancement. Il y a plusieurs points clefs:
Tous les voyants doivent être au vert à H0-20 mn pour lancer la séquence finale. Ils doivent toujours être au vert à H0-4mn pour valider la phase automatique et seuls les ordinateurs peuvent
alors interrompre le lancement en cas de défauts relevés. A partir de -7 secondes il n'est plus possible d'arrêter la chronologie.
Quand on sort de cette salle, on est admiratif de la compétence française dans le domaine spatial : et je me souviens alors des railleries journalistiques de 1969 notamment
orchestrées par le "Canard Enchaîné" et "Minute". Médiocrités des temps jadis.
On est admiratif mais on se pose quand même quelques
questions : Ariane 4 a été arrêtée en février 2003 après 116 vols avec 97% de réussite pour mettre sur orbite 180 satellites. Ariane 5 a pris la suite permettant de lancer des charges plus
lourdes : 20 tonnes en orbite basse et 10 tonnes en orbite géostationnaire : Le dernier lancement d'Ariane en août dernier, le 41ème, confirmait un bon bilan global :
37 succès pour 4 échecs.
Kourou va lancer dès 2009 des fusées Soyouz pour mettre sur orbite des satellites de moins de 3 tonnes..... mais alors pourquoi avoir abandonné Ariane 4 si on est obligé d'utiliser,
aujourd'hui, le lanceur russe pour les faibles charges ?
L'ensemble
du site, les différents bâtiments, les zones de montage et les zones de lancement se visitent en car et tout le reste devient bizarrement assez banal ; tout l'intérêt était d'être aux
commandes même virtuellement.
Le séjour en Guyane tirait à sa fin ; le lendemain le 15 octobre, en fin de matinée nous prenions l'avion à Rochambeau pour basculer en Martinique.... mais je ne peux pas
finir ces billets "itinéraires guyanais" sans y mettre quelques photos du centre de Cayenne. Nous sommes allés plusieurs fois en soirée à Cayenne ville.... mais ce n'était pas le
moment idéal pour faire des photos. Ces photos nous les avons "volées" quand la ville écrasée par la chaleur, était assoupie, le dimanche vers 13 H au retour de Cacao et juste avant de
nous rendre à Rou
ra.
L'écrivain Denis Tillinac a décrit Cayenne dans Le Bar des palmistes : " Retour à Cayenne. Les
toits sont en tôle ondulée, les murs en lattes de bois horizontales, presques toutes les maisons de guingois. Couleurs délavés: vert pomme, pastel, orange, rouille sur les toits, où l'on prend le
temps par son bout le plus mol évoque le far West.... et aussi l'idée qu'on peut se faire des colonies..."
Pour être honnête cette description de Cayenne est
plus proche de mes souvenirs de 1969 que des impressions perçues en 2008.... mais nous n'avons pas eu le temps de parcourir toute la ville.
Le centre ville est délimité au sud par le canal Laussat et au nord par l'océan. La place des palmistes, haut lieu des rassemblements populaires, fêtes foraines, carnaval, est
le poumon de la ville.
Autour de cette magnifique place et a quelques
pas se trouvent la préfecture, la mairie, le palais de justice, le Conseil général, le musée Franconie, la place Schoelcher, le marché, l'hôpital, le port et le fort Cépérou,
premier bâtiment érigé par les français en Guyane, c'était en 1633.....
une longue histoire...... mais la Guyane mérite qu'on lui consacre du temps pour la découvrir.
Eskizé-mo, mokapati.
En 1969 nous n'avions jamais entendu parler de Cacao et pour cause il n'y avait rien, ou pas grand chose, une ancienne mine d'or et un pénitencier.... mais ce lieu se transforma
en village en 1977 quand le Conseil général décida d'en faire une terre d'accueil pour des réfugiés Hmongs qui fuyaient le Laos en boat-people ou croupissaient dans des camps en Thaïlande.
Trente ans plus tard les hmongs (communauté de plus d'un millier personnes pour l'ensemble de la Guyane) sont les plus importants producteurs de fruits et légumes de
Guyane.
Nous avons pris la N 2 jusqu'au carrefour avec la D 5 nommée route du
Galion mais que nous appelions en 1969 la route des militaires. Une dizaine de kilomètres plus loin nous atteignions la rivière Tonnégrande. C'est à cet endroit, nommé port Inini, que 2 anciens
militaires tenaient, il y a 39 ans, un carbet-bar. Il n'y a plus rien par contre j'ai remarqué qu'il y avait maintenant des maisons dispersées tout au long du trajet alors qu'en 1969 le
carbet-bar était la seule habitation sur cette route de Cayenne à Tonate.
Nous savions trouver 3 km plus loin sur la gauche un terre-plein
avec un panneau indiquant le bagne des annamites. On a trouvé l'endroit mais le panneau était peu lisible ; on discernait juste les deux premières lettres BA. Sur le coté il y a un
chemin que nous prîmes, persuadés de nous diriger vers les cellules.... mais après avoir passé une petite colline, au bout de 300 mètres nous nous trouvions devant une zone inondée et
marécageuse.
Je me voyais mal passer sur des troncs d'arbres couchés pour atteindre la colline
suivante et puis les marais en forêt guyanaise ça ne me plait pas trop, aussi avons nous fait demi-tour pour prendre le temps de consulter notre carte.
Hélène une jeune femme avec qui je travaillais depuis quelques jours
m'avait dit qu'il y avait deux chemins dont un qui partait d'une ancienne carrière. Sur la carte Cayenne-Kourou au 1/100000 il est marqué et référencé
Nous apprîmes par la suite que Jean T. était médecin, qu'il était en Guyane
depuis un peu plus d'une année et qu'il était en poste à Papaïchton (Pompidouville) dans le grand est en pays Boni sur le fleuve Maroni - La Lawa (C'est là que vit le granman
chef coutumier et spirituel des noirs marrons bonis).
En fait le premier sentier qu'on avait pris n'était pas le bon, à proximité
il y avait un autre chemin forestier dont l'entrée n'était pas évidente à trouver mais qui, ensuite, s'avérait être parfaitement balisé et aménagé notamment dans sa partie initiale
marécageuse.
Ils furent encore plus étonnés quand je leur signalais qu'en 1969
on avait trouvé un cimetière de l'autre côté de la colline. C'était d'ailleurs grâce aux pierres tombales en béton qu'on avait compris qu'il s'agissait d'un bagne de déportés politiques
indochinois. Les inscriptions étaient en caractères chinois et les dates indiquaient une période comprise entre 1932 et 1935. Le monsieur qui était déjà venu une dizaine de fois au bagne des
annamites n'avait jamais vu ou entendu parler d'un cimetière.