Voilà encore un chantier qui ne fut pas triste .... : le pont de l'Île de Ré....Oh ! Je ne vais
pas me plaindre.... c'est grâce à ce chantier que j'ai pu me réinstaller définitivement en France... non que j'avais le moindre regret de mes années de grands chantiers en Afrique, mais il
fallait penser à la famille, aux enfants avec notamment Eric l'aîné qui rentrait en terminale.
Ce retour a d'ailleurs failli se faire pour le tunnel sous la Manche.... sans doute un boulot extra mais un site peut-être un peu trop nordique après 15 années d'Afrique
(nous avions déjà fait entre septembre 1978 et juin 1981, pour un barrage, une expérience alsacienne..... très, très jolie région, très verte ...of course... un brin
trop pluvieuse.....)... et puis l'Île de Ré ça sentait bon les jolies colonies de vacances de mes 12/15 ans... merci papa, merci maman... et je gardais de bons souvenirs du Bois Plage,
de St Martin, Ars, Rivedoux, le phare des baleines.... Exit le tunnel ! Ok pour le pont et bonjour le Poitou-Charentes.
J'ai d'abord travaillé dès l'automne 86 avec un ingénieur de l'entreprise pour réaliser, en labo à Niort, les études des bétons et puis début 87 le chantier démarrait pour de bon.
Nous avions monté un laboratoire à La Repentie-La Pallice où 2 techniciens étaient chargés d'effectuer les contrôles des bétons ; que ce soit les bétons "spéciaux" destinés à la préfa
des voussoirs ou les bétons coulés en place pour les fondations et la structure des piles.
Mon job principal fut de contrôler les fondations des pîles, selon une méthode ultrasonique, une sorte d'échographie du béton, en descendant, dans des réservations, des sondes
d'auscultation qui, reliées à un appareil oscilloscope diagraphe, permettaient de vérifier la bonne continuité du béton, sur leur profondeur, des 4 pieux de fondation de
chaque pile. 4 pieux de 2 m. de diamètre, ancrés de 12 mètres dans le substratum calcaire avec une inclinaison de 20°. C'est dire que les auscultations se sont faites sur
une profondeur de l'ordre de 15 m pour les culées, à terre, côté continent et côté île .... mais aussi sur une profondeur approchant les 40 m au milieu du chenal.
Le premier pieu testé fut une opération de routine effectuée côté continent, pour la culée C 29, le 6 février 1987..... par la suite ça s'est quelque peu corsé, jusqu'à la dernière culée C0
sur l'Île de Ré le 26 octobre 1987.... une affaire rondement menée en moins de 9 mois toutes les fondations étaient réalisées et les structures piles étaient bien avancées.
Hormis les culées C0 et C 29 et les piles P1 et P 28 quasiment en terre ferme, du moins à marée basse, les 26 autres piles étaient situées au large, en mer ....
Les travaux étaient alors effectués à partir d'une plateforme maritime.... les travaux et les contrôles aussi... et là ce fut une toute autre histoire... une aventure souvent
nocturne.
Nous intervenions 3 ou 4 jours après que le dernier des 4 pieux ait été bétonné... et comme l'ensemble de cette phase durait environ une semaine, l'entreprise s'arrangeait pour nous
faire intervenir quand ça l'arrangeait le mieux à savoir généralement au cours d'un week end ou un jour férié et le plus souvent de nuit... nous étions prévenus de la date exacte 48h à
l'avance et l'heure précise était indiquée 6 heures avant embarquement. Selon la profondeur des pieux les opérations de contrôles prenaient de 8 à 14 H transfert et installation compris.
Nous descendions dans le batardeau métallique, sur la couronne d'où émergeaient les têtes des pieux. Nous étions à 8 m sous le niveau de la mer, dans le vacarme assourdissant des
pompes qui évacuaient en permanence l'eau de mer.
Le scénario type était le chargement sur le bateau à l'embarcadère vers 22 ou 23 H, l'arrivée sur la plateforme avec transfert du matériel une heure plus tard.
L'installation, les branchements prenaient bien encore 1 ou 2 heures.... et puis les mesures nécessitaient environ 2 heures par pieu de 20 / 25 m de profondeur. Pour les pieux de 10 m
on pouvait faire le travail en 1 heure par pieu, et ça pouvait friser les 3 heures pour les plus longs. Le temps de travail pouvait aussi considérablement s'allonger quand il fallait
protéger l'ausculteur sous une bâche en cas de pluie, de crachin ou d'une assez forte humidité ambiante (euphémisme).
Ce fût d'ailleurs une de mes plus grosses inquiétudes : Le matériel allait-il tenir ? Il a fallu les contrôles des 13/14 juillet pour que notre cher directeur qui avait une
résidence secondaire sur l'îîe vienne faire un petit tour sur le chantier .... La direction de l'entreprise lui a mis les points sur les "i" sur les risques de pannes de matériels et le coût
des pénalités par journée de retard. Trois jours plus tard nous avions un appareil de secours sur site.... bien lui en a pris, le mulet fut nécessaire mi-octobre.
Le lendemain d'une intervention nocturne, et c'était généralement en fin de matinée ou début d'après midi nous retournions avec notre barda et le matériel sur le continent... fatigués mais
contents.... la plateforme de jour était moins poétique que la nuit éclairée.... mais peut être était ce l'effet de la fatigue?
Sur l'aire de la Repentie les ouvriers préparaient les cages armatures des pieux suivants ainsi que les ferraillages des voussoirs qui étaient ensuite bétonnés sur cette aire de
préfabrication avant d'être mis en place sur les têtes de piles quelques semaines plus tard.
Tous ces contrôles se sont bien passés : aucun problème significatif, un beau chantier du très bon travail.
A suivre.... très prochainement avec un autre billet sur la pose et l'assemblage des structures précontraintes.
Pour les chantiers d'autoroute en rase campagne le plus grand
danger est l'averse subite.... il faut intervenir immédiatement pour ralentir et canaliser la circulation sur l'autre voie en double sens, surtout lorsque la direction du vent est
défavorable car de fortes pluies tombant sur l' enrobé chaud (étendu à 150°et refroidissant peu, le temps des opérations de compactage.) entraînent un phénomène
de brouillard pouvant être ponctuellement très dense....
qui est
grave)
nika était allemande. Ils s'étaient connus à Berlin lorsque Ajdir y étudiait. Nous étions voisins et comme ils n'avaient pas de voiture nous avions le plaisir, Pilou ou moi, d'emmener
et d'aller chercher, avec nos enfants, Farid à l'école. C'était fabuleux de voir ce môme parler à sa mère en allemand, à son père et ses amis en arabe, à ses grands-parents en berbère et à
la maîtresse et ses petits copains en français. Parfois il y avait de légers loupés mais ainsi va l'apprentissage des langues.
tait très proche de Lionel Jospin. Fin août 1995, quelques mois après l'élection
présidentielle, Jospin avait fait le discours de clôture des universités d'été de La Rochelle et David avait eu la gentillesse de me donner une copie du discours non seulement écrit, mais aussi
raturé, corrigé, rectifié, complété en marge, de la main de Jospin....