Cette semaine de l'amitié s'est déroulée, en fait, sur 9 jours du 3 au 12 mai 1985 avec des manifestations, des spectacles, des
expositions, des conférences des rencontres sportives même, répartis entre Douala et Yaoundé. Initiée par l'Association démocratique des français de l'étranger (ADFE) et sous le haut patronage du
gouvernement de la république du Cameroun, mais au-delà de ces patronages qui donnent une tonalité officielle, ce fut une vraie et belle fête entres amis. Bien sûr nous n'avons participé qu'à la
semaine de Yaoundé mais de nombreuses manifestations tournaient entre les deux capitales : quelques différences cependant :
La nuit du jazz à Douala a bénéficié de la présence de Manu Dibango, qui n'a pu se libérer pour Yaoundé.
La table ronde débat a concerné « la prospection du pétrole au Cameroun » à Douala et « alimentation et santé en Afrique » à
Yaoundé.
Il y eu du sport à Douala dont un tournoi de rugby à 7 mais le festival de cinéma eut lieu à Yaoundé.
Cette programmation cinéma fut riche et elle fut même a deux doigt d'être exceptionnelle si la venue de Jean Jacques Annaud longtemps
espéré avait pu se concrétiser ; Il ne s'est décommandé que quelques semaines avant cette semaine culturelle. Annaud est un amoureux du Cameroun où il fit son service militaire et qui a
servi de cadre en 1976 à son premier film, « La victoire en chantant ». Bref il n'a pas pu venir présider ce mini festival mais on eut quand même de bien belles projections. Deux
merveilleux films « africains » : Wend Kuni » de Gaston Gaboré (1982) et « Remparts d'argile » de Jean Louis Bertulleci (1968). Je me suis passionné pour
ces nuits de cinéma tant je pense que l'Afrique est un avenir du cinéma, malheureusement encore insuffisamment exploité 23 ans plus tard. Enfin le festival s'est terminé par la projection du film
difficile sur les handicapés« Le regard des autres ».
Il y eu aussi des concerts : La nuit du Jazz à
l'université, de la musique classique à l'Institut Goèthe. Nous n'avons pas assisté à tout. Il y eu encore un bel hommage a deux écrivains camerounais récemment disparus : Bernard
Nanga et Joseph Tchundjang Pouem.
Il y eut surtout au cours de cette de l'amitié deux événements majeurs :
D'abord un débat « politique», dans un pays qui n'avait pas encore la télévision, avec pour thème « La France et le
Cameroun en 1985». Un an après la tentative de putsch, deux ans après la visite de François Mitterrand et l'arrivée à la présidence de Paul Biya. Le sujet était d'actualité et opposait Henri
Bandolo rédacteur en chef du Cameroun Tribune (en quelque sorte le Figaro camerounais) et Jean François Bayard un intellectuel français. Chercheur au CNRS qui venait de publier un
excellent livre « La politique africaine de François Mitterrand ». La salle ou se déroulait se débat disposait de 500 places. On aurait pu faire entrer le triple de personnes. Le débat
fut techniquement parfait et Bayard à sa très grande surprise fut ovationné. En fait il ne savait pas qu'il avait une énorme popularité au Cameroun dans les milieux universitaires en raison d'un
livre qu'il avait publié en 1977 ‘Etat au Cameroun » qui avait eu un retentissement extraordinaire, tout en circulant exclusivement sous la tunique ou la djellaba.
Comme j'étais en charge de l'accompagner j'ai été amusé de voir l'étonnement de ce brillant chercheur (qui avait vécu enfant au Cameroun) et
qui depuis est une référence intellectuelle ; on peut souvent le lire dans « Alternatives économiques » et dans « Alternatives internationales » Il a aussi publié
« L'état en Afrique » en 1989 et un très curieux et passionnant essai « L'illusion identitaire » en 1996.
Autre événement phare le grand Gala avec en première partie le chanteur camerounais Serge Minsy dit le roi du Sekle et en vedette Maxime
le Forestier. J'aimai bien Maxime chanteur soixante-huitard, mais je l'avais surtout redécouvert en 1980 avec un superbe 33 tours enregistré en public à la Gaîté Montparnasse « Le Forestier
chante Brassens » avec 13 « merveilles » : tout y est bon, il y a rien a jeté.....avec quand même trois titres que j'écoutais plus que les autres : « Dans l'eau de
la Claire Fontaine » en version Bossa Nova, « Les passantes » que je l'avais d'ailleurs vu chanter avec Brassens à la télévision (chez Chancel à la demande de Lino
Ventura), et un magnifique « Histoire de faussaire » sur un tempo jazzy, un délice.
Maxime était accompagné par
Félix Lalanne, ils interprétèrent des chansons récentes peu connus de nous autres expatriés et des plus anciennes de son répertoire que nous avions tous en tête et puis vers le milieu de son
récital il attaqua « Dans l'eau de la Claire Fontaine » version bossa nova avant de demander au public si on en voulait une autre de Brassens et si quelqu'un avait une préférence .... Je me
suis dégonflé de demander le Faussaire...et comme personne ne réclamait vraiment.... Il embraya sur «Oncle Archibald » encore une merveille de son enregistrement de la Gaîté
Montparnasse.
Après le spectacle nous sommes allés manger au quartier «dans un « Chantier » dans les bonnes senteurs
de poulet grillé et de nuit africaine. Pilou et moi étions installés près de lui et à table nous étions une petite douzaine.
Il
voulait tout savoir de l'Afrique où il venait pour la première fois, moi je voulais tout savoir de Georges Brassens, on parla aussi un peu de politique (l'ADFE étant clairement engagé à
gauche) on l'a interrogé sur sa carrière, il a voulu savoir ce qu'on faisait nous en Afrique et quand je lui ai dit que j'y construisais des routes des ponts et des barrages il devint très
curieux....moi j'en revenais toujours à Tonton Georges. Au bout de la nuit, très tôt le matin, Pilou et moi nous l'avons raccompagné à l'hôtel au Mont Fébé. Cette nuit du mercredi 8 mai au jeudi
9 mai 1985 reste dans ma mémoire une très, très belle nuit. Je me rappelle qu'à un moment de notre discussion je lui ai dit que si je partais sur une île déserte avec un tourne disques et
seulement 3 disques il y aurait Montant chante Prévert, Ferrat chante Aragon et Le Forestier chante Brassens : comme il a vu que j'avais l'air sincère il en a rougi.
Depuis que nous sommes rentrés en France, 0 Niort nous sommes allés voir
plusieurs fois un spectacle de Maxime. En 1988 puis en 1998 quand il commença sa tournée du « Cahier » pour chanter Brassens, seul à la guitare. A la fin du spectacle Pilou et Cécile
voulait qu'on aille le voir et qu'on reparle de cette soirée de Yaoundé. Je n'ai pas voulu, je trouvai que c'était ridicule 13 ans plus tard, et puis je ne voulais pas "emmerder" un chanteur qui
sortait de scène.
Le 25 janvier 2006 Le Forestier a fait une nouvelle tournée Brassens avec un nouveau « Cahier ».
Bien sûr nous y sommes allés à nouveau (mais sans Cécile). A la fin du spectacle, sans me demander mon avis, sans m'attendre Pilou s'est dirigée vers les loges....j'ai suivi bien sûr....
Et nous sommes tombés sur Maxime... on a discuté pendant 5 à 10 minutes de cette tournée sa première en Afrique, celle avant « Né quelque part » et il en gardait un excellent souvenir.
Il se souvenait vaguement de cette soirée africaine, encore qu'il en avait connu une seconde le lendemain à Douala et il mélangeait un peu les deux. Un agréable moment, un chic type.
« Ah tu vois si tu avais bien voulu qu'on aille le voir en 1998 » m'a dit, Cécile ma fille, furieuse de ne pas avoir pu nous
accompagner en janvier 2006.
A suivre.











en contrebas de la route on
découvre, le sanctuaire d'Athéna, La Marmaria. On observe la base d'un ancien temple et 3 colonnes dioriques, les restes d'une rotonde, le Tholos.















